08/10/2007

Boulevard de l'Est

 

Le taximan l’avait pris pour une touriste et l’avait gentiment promenée du Pré Wigi à la descente du pont de l’Atlas pour venir s’égarer dans des chantiers de l’ancien coin du cavalier Fonck, boulevard de la constitution.

 

— À quel numéro du Boulevard de l’Est, Madame ? demanda-t-il.

 

Midi fut sonné par les cloches de l'église, toute proche, le chauffeur regarda le parvis saint Pholien et se souvint qu’il était originaire de la rue de Montrésor à le Liège, c’est en Indre et Loire et que cela ne prédisposait pas, naturellement, à devenir chauffeur de taxi dans la cité ardente.

 

— Arrêtez-moi ici demanda Hélène, oui, ici, c’est très bien.

 

Après qu’elle eut réglé la course elle traversa la place et se dirigea vers une impasse donnant derrière un bâtiment de l’université. Elle s’arrêta devant une façade salie par le temps qui ici est souvent maussade.

 

Autrefois cela avait été un hôtel, plus tard une pension de famille, maintenant, on y louait des quarts de pièce aménagés pour étudiants guindailleurs et sans-papiers notoires. Elle se souvenait, mais s’en souvenait-elle vraiment, avoir logé ici, y avait-il eu une guerre, était-ce elle, ses parents ? Il y avait eu Solange, Solange, la fille de Solange, Solange avait été son amie et elles avaient dessiné des cases à la craie avec le paradis tout au bout, dans la cour arrière.

 

Elle entra et au-dessus de quelques marches de marbre qui avait été strié gris et blanc, se trouva sur un petit palier faiblement éclairé par une ampoule pendant tristement au bout de son fil torsadé. Devant elle, il y avait une sorte de petit comptoir, une chaise en rotin, un tableau avec des clés accrochées au mur, des habitudes anciennes étaient restées. Sur un guéridon voisin, une cloche à l’ancienne sur la quelle il fallait frapper assez fort pour faire entendre un son aigrelet.

 

D’un pas traînant, un homme d’une cinquantaine d’années arriva de l’arrière en dodelinant de la tête.

 

— Je voudrais une chambre.

— Un kot ?

— Si vous voulez.

— C’est pour l’année académique ou pour la semaine ?

— Je ne sais pas encore.

— Je n’ai plus que deux locaux, je peux vous faire visiter.

 

— Solange habite encore ici ?

— Je ne sais pas, moi, je ne suis que le préposé, la propriétaire est morte après l’Exposition mais sa fille est encore dans l’affaire, elle a cinquante pour cent d’après ce qu’on dit...

 

Ah ! Solange demi-patronne maintenant, ça ne doit pas la changer d’avant.

 

Rien n’avait changé ! La peinture du corridor qui filait vers la rue de la Loi était toujours brun sale et l’on pouvait imaginer la porte verte, l’imposte en vitre martelée, la serrure qui se déchaussait, le petit escalier à deux marches, et à droite, le petit hall, l’escalier qui menait aux chambres et aux appartements, la porte basse des caves. Dans le coin, un tabouret flamand supportait une plante grasse habituée à la semi obscurité.

 

— Je prendrai la 8, c’est la chambre en haut, au premier, à droite, non ?

— Non, si, enfin, c’est un studio de type P5,, il est bien, l’ancien locataire était un jeune homme très propre qui faisait des études à l’aquarium, mais il a trouvé un rez de chaussée en Roture, il préférait parce qu’il y a un jardin.

 

Le Chinois, c’est ainsi que les locataires le nommaient, tendit à Hélène une grosse clé à laquelle était accroché un médaillon de cuivre à l’effigié d’un lion et en face, d’un huit gravé.

05:45 Écrit par H dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

très belle idée je dois avouer que le bref passage de ce matin ne me permet pas de lire beaucoup , mais je tenais déjà à dire que je trouve l'idée séduisante ... je vais revenir

Écrit par : jacques | 08/10/2007

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