08/06/2006

Elle va tomber pensa-t-il

Elle va tomber pensa-t-il

 

Les oscillations se calmèrent après un temps et la voisine de Joseph s’avança vers une couverture tirée au-dessus d’un carré de pâquerettes. La raison de ce nudisme se comprenait bien au vu du triangle clair du pubis et de la pâleur des seins alors que le reste du corps était assez hâlé. Hélène avait séjourné récemment en pays de soleil et voulait non seulement conserver ce petit air qui vous fait vacancier avant les autres mais aussi avoir un bronzage uniforme sur tous le corps. Joseph, en peintre artiste apprécia.

 

 Hélène s’étendit sur la couverture bariolée, s’arrangeant pour bien exposer le triangle adéquat et les seins. Elle était ainsi bien plus nue que nue.

 

 

De loin, Joseph ne put dire si elle était comme Simone, si les petits bouts de la poitrine durcissaient, il vit seulement qu’ils étaient roses.

 

Il pensa pourvu qu’elle ne brunisse pas trop vite, le tableau est charmant, je vais la peindre.

 

 

Le week-end était long économiquement parlant, férié paraît-il, la scène se répéta trois fois, Hélène s’enduisait consciencieusement de crème, passait des minutes les fesses écrasées sur la planche de la balançoire puis se vautrait pile et face sur sa pelouse.

 

Joseph trouva charmant la manière qu’elle avait de prendre la crème dans ses mains et de se la passer doucement sur le corps sans meurtrir en aucune façon aucun endroit.

 

Joseph avait déposé chevalet et accessoires chez lui, un tabouret pliant et avait commencé le dessin de cette belle femme nue.

 

Il aurait dû être heureux, et cependant des idées de plus en plus noires l’envahissaient.

 

Quand le soleil accrochait le duvet d’Hélène, on aurait dit que son corps était saupoudré d’or. Simone vint voir ce que peignait Joseph, elle regarda le jardin de la voisine, elle regarda la toile posée et fit une petite moue.

 

Le surlendemain du lendemain, il plut toute la journée.

 

 

 

 

Si Hélène était amoureuse du soleil, elle n’était pas liégeoise d’adoption voire d’origine pour rien, le temps de brumes, le temps de chagrin, les coulées rouge d’acier fusionnant avec les brouillards de Meuse, la pluie simenonienne, la pluie du passager, la pluie chagrine la pluie froide la grosse pluie qui mouille la pluie qui détrempe, douche, sauce, drache, rincée, crachin, brouillasse, grain, averse, ondée, déluge, c’était le climat de l’ardente cité. Sauvenière et Saint Léonard, Outremeuse et Jupille, Cheratte et Seraing se mouillaient et se séchaient alternativement très régulièrement.

 

Hélène avait bien vu le manège de son voisin et s’en était sentie charmée, sans plus, les seins d’Hélène ne durcissaient qu’à la pensée de Henri, disparu depuis un trop long moment pour avoir sans doute compris le mécanisme des suicides collectifs qui donc n’en étaient pas puis que quelqu’un avait jugé que l’enquête de Henri dérangeait, au point tel qu’il le fallait faire disparaître tout de suite.

Hélène avait l’air d’une secrétaire évaporée, fort occupée de ses cils, de ses ongles et donc personne ne lui avait cherché noise. Hélène la belle Hélène était un cerveau efficace sous une enveloppe rêveuse. C’était sa force.

 

 

Hélène était une belle femme, elle savait qu’on regardait ses seins et ses fesses et qu’ainsi on prêtait moins attention à ses gestes.

 

Ce matin de forte pluie, elle s’installa dans la dauphine, tenta de démarrer et en ffut pour ses frais, elle vida la batterie.

 

Un moment de réflexion plus tard, elle sonnait chez ses voisins. Joseph lui ouvrit la porte la regarda ahuri, il ne pensait plus à elle que nue, de la voir vêtue et même cachée sous un très joli imperméable blanc cela lui causa comme un choc.

 

— Ma batterie est à plat, je dois aller en ville, les Tec sont en grève

 

— Simone cria Henri, je vais conduire notre voisine en ville dit–il en prenant à une patère les clés de la voiture rangée dans son garage.

 

 

(à suivre)

10:26 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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