03/05/2005

Téléphone

 

Il décrocha un combiné et fouilla dans le fond de sa poche pour en sortir une pièce de monnaie, mais lorsqu il voulut la mettre dans l’appareil, il se rendit compte que celui-ci fonctionnait avec une carte, comme les deux autres téléphones d’à côté – et que de toute façon, il avait d’un con avec son franc alors qu’on en était à l’euro, lui qui venait d’une époque différente, il n’en revenait pas, il n’en était pas revenu, il se mordait les doigts.

Avec un grognement rageur, il raccrocha le combiné d’un coup sec lequel lui rendit son humeur en lui coinçant le doigt sous la fourchette.

 

Bien entendu, Isidore Bautrelet n avait pas de carte téléphonique. Il n’avait d’ailleurs jamais rien sur lui, passe-muraille obligé, il détestait ce qui aurait pu le rendre nonanonyme.

 

C est alors qu’une voix douce murmura derrière lui. C’était l’inévitable Héloïse Poseur à la fois femme et déterminée.

 

— Ça fonctionnerait mieux avec ceci ?

 

Il se retourna. La jeune femme se tenait devant lui et lui tendait une carte téléphonique.

 

— Heu... dit-il surpris et intimidé une fois de plus par la beauté de cette femme superbe. Je...

Il la regarda avec des yeux en boules de loto, ne sachant quoi dire, ajoutant un sentiment de stupidité à son air matinalement béat.

 

— Pour téléphoner il vous faut une carte, dit-elle comme si elle parlait à un enfant de quatre ans.

 

— Oui... Oui ! répondit-il avec un rire niais qui traduisait sa gène, excusez-moi, je n’ai pas prévu de m’en munir.

 

— Tenez.

 Il prit la carte et lorsqu’il effleura la main de la jeune femme, ce fut comme une décharge électrique qui le fit sursauter. Il la regarda encore quelques instants, elle l’observait avec un large sourire.

 

Bautrelet introduisit le morceau de plastique dans la fente et fut immédiatement en ligne avec la dépêche, le journal liégeois le plus en vue de la vallée de la Meuse.

 

Une foi qu’il eut terminé sa conversation avec la dactylographe de service et refusé de parler au rédacteur principal qui certainement lui aurait intimé de rentrer dans le Nord, il se retourna vers la jeune Héloïse qui lui avait si aimablement prêté sa carte téléphonique. Elle n’avait pas bougé, et elle le regardait toujours, un magnifique sourire sur les lèvres.

 

— Tenez, dit-il en tendant la carte, je ne sais pas comment vous remercier. Vous êtes vraiment très aimable.

— Il n’y a pas de quoi dit-elle, j ai eu plaisir à vous rendre ce service, d’autant que j’ai moi-même déjà téléphoné plus tôt dans la journée à mon patron.

 

 

Isidore pinça les lèvres et se dit qu’il fallait lui tirer les vers du nez, cette jolie en savait plus, elle en savait peut-être trop.

 

— Allons prendre un café, dit-il, ingénu, ou quelque chose d autre...

— Volontiers.

 

Ils se dirigèrent vers le café de la gare.


07:03 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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