18/01/2005

On paye rien ! dit Henri.

 

Hélène avait donc longuement discuté avec sa nouvelle amie, car son interlocutrice était devenue une amie au fil de la conversation, malgré le regard désaprobateur des buveurs de thé.

 

Ce matin donc, Hélène ouvre l’agence, le petit panneau ouvert retourné du bon côté. Une tasse de café. Pipi. Mails. Fax. Courrier.

Rien n’est simple, tout se complique, ouvrir une agence de recherches, investigations et filatures (discrètes) au moment où tout fout le camp, de Roubaix à Tournai, qu’on peut acheter des tapis persans chez Ben Slimane qu’est Tunisien né à Belleville, que les enfants peuvent porter des noms à faire se dresser les quatre poils d’un notaire...

 

Tout ce qui arrive était imprévu, la note de la TVA, la lettre d’une solliciteuse, les papiers de sécurité sociale à refaire mais Henri est dans les vaps au SMURF (quoique si on lui parle de la sécu, cela ne va-t-il pas le faire revenir à lui ?), les formulaires pour la moto, ...

Pour la moto ? On n’a pas de moto ! Carter, t’as acheté une moto ? Bon il ne répond pas non plus et le simenonien du récit s’emballe se déballe s’approprie des effets de manche, s’érotise alors que le héros agonise, plus rien adéquat à qui ? Des quoi ? Adéquat, adéquate, adéquates au pluriel, toute la verve de l’écrivain se retrouve ici, une pile de lettres de documents des journaux toutes boîtes des réclames, des papelards, un machin pour que l’on verse ici, un autre truc pour que l’on s’acquitte là-bas, à payer, à régler, ...

La facture du brasseur,... tiens, et ça, qu’est ce donc ? Une facture de la graineterie Lavoisier, ah ? Oui, sans doute Henri aura-t-il acheté des graines de tournesol, fuit ! dis-donc c’est pas donné, une erreur certainement, quatre mille euros, c’est plus un perroquet, c’est une baleine, encore que je me demande, des baleines, cela mange-t’il des graines de tournesol, mais la facture ne précise rien, juste un numéro d’article, je vais aller les trouver, ce n’est pas possible.

 

 

Oui, dit le malade à l’infirmière, oui, il a commencé à parler tout seul ajoute-t-il en montrant Henri, étendu.

— Et que disait-il ?

— Les miliciens et militaires ont été à l'hôpital de Butare massacrer toutes les infirmières tutsi. Une infirmière hutu a aussi été tuée parce qu'elle était mariée à un "ennemi. Ce qu'elle a dans son ventre est tutsi ! Un génocide n'est pas seulement un massacre au présent. C'est aussi un massacre de l'avenir d'un pays, parce qu'on élimine femmes et enfants.

— Il disait cela ?

 

Nourrisson, sexes tendus,visages de femmes, jonquilles,enfants qui jouent, lacs, arbres, cuisses,seins, fauteuils, chambre, lait, tulipe, fourmis, un homme et une femme font l’amour, ciel de nuages, eaux, rires, danses, fruits, couchers de soleil, sang, plaies, cris, pleurs, bébé mort, corps à corps, fille ouverte, contre le corps, cadavres, terre, mouches, marche, camions, peur, cygne, soleil, cailloux, mains, ongles, feu, fusils, couteaux, chairs déchiquetées, bouées, camions, hôpital, ville, bars, bureaux, canons, police, bureaux, police, douane, police, Farjoux, tout cela dans la tête... tiens une odeur une senteur hellène.

Hélène me rend visite...

 

Hélène s’assied, tire un peu sur sa jupe et dit à Henri :

— Il y a plein de factures à payer...

Et Henri

Répond

— On paye rien !


11:43 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.