11/01/2005

Il cligne des yeux

A propos du suicide, suite d’un entretien avec Monsieur le Professeur Lafontaine-Pia, de l’Institut de surveillance du suicide.

(Puck, reporter à la Gazette et à la Dépêche, free lance).

 

Mieux vaut savoir se taire parfois. Ceux qui se croient intelligents en disant  « tu veux te suicider ? Viens, je vais t’aider ! » sont assez peu psychologues, on pourrait même dire que ce sont des cons, si le rédacteur en chef tolérait ce genre de vocable. On ne parle pas de ce que l’on ne connaît pas. La provocation au suicide demande une subtilité que ces bourrus n’ont pas. La moindre erreur dans la tactique, et cela peut pousser à l’acte quelqu’un qui n’a pas envie de se suicider mais qui a simplement besoin qu’on l’aide, parce qu’il ne sait plus exprimer sa souffrance autrement que comme cela. Et au contraire, quelqu’un qui a vraiment décidé d’en finir n’a besoin de personne. Et surtout pas d’un con qui lui dit qu’il va l’aider. Le suicide est un acte foncièrement solitaire. Silencieux. Froid. Calculé. Même impulsif il est calculé dans les minutes, les secondes qui le précèdent, quelle que soit la méthode employée.

 

Étonnante conclusion de la collaboratrice de l’agence L’ara qui rit, une exclusivité de notre journal sous la plume de Puck reporter : En bref, Mademoiselle Hélène, elle s’appelle Hélène comme d’autre s’appellent Henri, nous a confié qu’elle était sur une piste intéressante.

 

En réalité, cette affaire aurait dû être suivie par l’un des patrons de l’agence mais Henri Carter, urgemment demandé pour un reportage entre Barchon le viaduc et Aubel-lez Poires ne pouvait poursuivre tandis que le malheureux Henri Sim dont on connaît la mésaventure est toujours au CHSMURF de Seraing.

 

Mademoiselle Hélène nous ayant demandé la plus grande discrétion nous ne pouvons évidemment dévoiler le secret de l’enqûet mais il appert que le suicide n’est pas du tout établi et que l’on a affaire ici à une volonté, un tueur lâche, un meurtrier sournois.

 

 

Précisément, au centre hospitalier, Henri pour la seconde fois sembla reprendre connaissance au moment où son ami Bruno et sa compagne Mélissa venaient prendre de ses nouvelles. La féminité de Mélissa mit en émoi tout le bâtiment, depuis le portier jusqu’à un malheureux qui faillit quitter sa chaise roulante. Il faut dire que cette métisse d’Ibiza avait du caractère et de la cambrure.

 

Mélissa expliqua à l’aide–soignante de garde permanente affectée depuis trois jours à Henri une théorie fort intéressante sur les rêves et le coma éthylique. Elle poussa l’explication jusqu’à penser que l’on pourrait traiter Henri avec des ventouses, comme elle l’avait vu faire lors d’une séance de thérapie chez Josette. Puis, suçant le bout de son index elle affirma tout à trac, moi, un mec dans les vap, je le suce et ça le fait revenir à la vie en cinq secs.

 

Il fallut toute la persuasion de Bruno pour l’empêcher de soulever les couverture et à appliquer à Henri ce traitement fougueux qui pourtant, pourtant ....

 

Eh ! regarde, dit Mélissa à Bruno, regarde, il cligne des yeux, il ouvre les yeux.


05:29 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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