06/01/2005

Henri tourna la tête vers Hélène

 

Un mois, six mois, dix ans, depuis combien de temps suis-je ici ?  Mon cerveau me dit qu’il y a du monde autour de moi, c’est l’hôpital, c’est l’heure des visites, du bruit, des femmes, Carter, j’entends Henri le photographe, il raconte des histoires de réveillons, quel réveillons, me réveillé-je en 2010 ?

 

Mon œil a accroché une lueur néon, j’ai horreur des néons, des plastiques des inox, voulez-vous fermer la lumière dis-je.

Tout le monde s’en fout, tout le monde parle en même temps, il y a même la Mama, et Giorgio et Gigi, vous allez dire que je déboise encore, pas du tout, je les ai reconnus, la Mama, celle de chez Elio, et son fils maudit, j’étais heureux que l’on prenne de mes nouvelles, j’étais malheureux de ne pas bien comprendre ce que je faisais là.

 

Quelqu’un, quelqu’une dit d’une voix chantante : Je vais aller à la machine en bas me chercher un Siwaco.

— Il a ouvert les yeux, cria Hélène

— Tu as ouvert les yeux, répéta Henri Carter.

— Bon sang mais c’est bien sûr, dit Farjoux, en me regardant droit dans l’œil gauche comme si je devais avouer le plus sordide des crimes.

Quelqu’un éteignit le néon et l’on débrida les louverdrapes, un flot ensoleillé envahit la pièce.

 

Une infirmière qui passait dans le couloir, ameutée par le chahut vint se renseigner.

— Il a ouvert les yeux, redit Hélène

— Alors mon bon Monsieur, vous allez bien, demanda la professionnelle, m’abandonnant tout de suite à la meute hurlante de mon entourage.

 

 

Henri me prit la main, dit que j’étais mou, Farjoux m’observa en disant que oui, bon sang, c’est bien sûr il a l’œil ouvert mais vide, il ne vous voit pas, Henri, nous vois-tu.

Je dis que oui mais aucun son ne sortit de ma bouche, alors, me souvenant d’un film de Zannuck, je clignai de l’œil. Un clignement pour oui, deux clignements pour non, les trois clignotements passèrent inaperçus.

 

— Tout va bien dit Hélène, pourquoi parlait-elle à voix basse comme si on allait me donner l’extrême-onction, quelle sale maladie avais-je pu cacher que l’on me découvrait ?

 

Je vois pourtant, je les vois, Hélène et Henri et la gamine qui revient avec une bouteille de boisson gazeuse et je veux parler, je veux dire que j’ai découvert quelque chose à propos de la prison Saint-Léonard, et quelque chose d’autres à propos de la fabrique d'armes d'Herstal, et aussi de l’université, et puis que des indices clairs se trouvent rue Léopold. Je veux dire  à Hélène que Puck sait tout mais n’a pas fait le lien. Le lien, je suis attaché, suis-je remuant ?

 

Pourquoi m’a-t-on attaché au lit ?

Autour de moi, on se calme, Les hommes s’assyent, la Mama me dit au revoir en versant une larme, elle me dit que ça ne fait rien si je ne veux plus venir encore passer des nuits au restaurant mais que j’y suis tout de même le bienvenu.

 

Farjoux sort de la poche de son battledress, souvenir de l’ancienne gendarmerie, un carnet relié de forte toile grise et y inscris un nom en murmurant, je le lis sur ses lèvres, Farjoux s’applique, il écrit au crayon comme les anciens, il note soigneusement : Patrick Hooton. Je le connais, de réputation seulement : spécialiste anglais de polars, grand amateur de pipes …

 

Henri tourna la tête vers Hélène qui se découpait sur fond de soleil, elle portait une robe en tissus imprimé blanche avec des fleurs héliotropes et l'on voyait bien ses jambes en transparence, deux colonnes d'or sombre sous le voile de la robe, j’ai eu envie d’elle


04:54 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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