04/01/2005

Un vent de folie souffle

Je sentais des vibrations dans l’air, des courants d’air, des airs de rien, des airs savants, il y a avait du monde aux alentours, visage, corps, membres j’étais déconnecté et sans voix, sans antenne, sans radar. Un brumisateur arrosait mes lèvres, la voix de madame Brown dit : aiguilles.

 

— Mais il faudra peut-être une troisième injection dit un voix off.

 

L’essentiel se déroulait derrière l’écran de ma nuit blanche, tout était blanc, étoilé, moléculaire, anarchique.

 

Je naviguais en pilotage automatique tout en sachant très bien le chemin à suivre. L’ami qui l’avait à zéro en avait-il tâté, lui qui écrivait :

Sous un mauvais crachin, je longe d'un pas traînant les immeubles de la rue Jean d'Outremeuse, aux balcons bardés de fer forgé.  Le voyageur de la Toussaint.

         Je fais, je refais le bilan : Albert Lacroix, obscur pigiste pour feuilles de choux locales.

         Tout de même, j'ai travaillé à La Gazette de Liège, comme lui.

         L'un ou l'autre manuscrit des romans que j'ai écrits à cette époque sous le pseudonyme de Bertie Cross traîne peut-être encore au fond d'un tiroir de quelqu'éditeur illettré.

         Aigri, je débouche sur la place du Congrès, ronde, dégagée, d'où s'échappent sept rues rectilignes.

 

Holà ! Qui vivent demande la garde de la ronde des nuits.

 

Bertie Cross ? S’foutait de moi celui-là. La Caroline du Nord et les amateurs de vols planés !

 

Il faudrait que je revienne parmi les vivants pour demander à boire, devait avoir bu, avoir bule, le karl à zéro, malade, mort, suis-je mort, comment les morts entendent-ils, enfin, demain, j’irai mieux.

 

Ça ira mieux demain

Je me demande si je suis en réanimation active ?

 

Où suis-je exactement ? qui suis-je, quel âge ? Je connais la solution, je sais qui a tué tous ces jeunes gens. Je sais et je ne sais rien dire. Apportez-moi des feuilles, des stylos, ce que vous avez sous la main, je vais écrire ce que je sais. Cela a commencé en Angleterre, du côté du spaghetti de Birmingham.

 

Ou à Hull ? ou à Chester ? J’ai mille et quelques années, et je suis toujours assis sur le même rocher battu par la mer, et je suis poussiéreux, Anglais sherlock me posant des questions, qui est le Dr Watson, n’est-il pas ? Dieu existe-t-il ? Suis-je réellement vivant ? Qu'est-ce que le génie ? Comment être libre ? Peut-on inviter des gens à l’intérieur ?  Dois-je écrire le plus vite possible pour être sur de ne pas me censurer ? Suis-je courageux ? Suis-je en prise avec l'essentiel, l'amour, la mort, le chocolat chaud, le porto vintage.

 

Dans le véhicule les policiers découvrent sept cadavres. La presse n’avait pas été mise au courant d’un détail étonnant : les quatre garçons et les trois filles s’étaient ligotés les uns aux autres. Ils ont une vingtaine d'années tous. Un désastre.

Une folie, collective ? J’ai tout compris, le départ anglais, Watson, Moriarty.

Le père Noël vert était devenu rouge et puis Hitler avait vu rouge et Churchill avait encaissé les gnons, refoulé du ventre, chassé les papistes. A la fin des années cinquante, l’ale et le lemon soda ne s’en remettent pas du désastre de Suez.

Les teddy-boys s'éveillent dans les rues, les artistes du pop'art dans les ateliers, les "jeunes gens en colère" dans la littérature et même les modders et les rockkers à Brighton. Quelques années plus tard, quatre chevelus triomphent dans tout le royaume.

Un vent de folie souffle, les espions viennent du froid, James Bond, mon nom est James Bond, Carnaby Street se minijupe et le Swinging London se psychédélise, la nation tout entière saute dans le train du siècle avec un siècle de retard, le Commonwealth s’écroule tandis que la mode s’anglaise comme les semaines et les clés.

Effervescence! On brocarde joyeusement les valeurs du passé, on sème la panique dans le show business, dans le monde des arts et de la mode; on offre aux soixante-huitards à venir une autre culture, l'Establishment et la Queen, hop envolés comme les actions des Lords de la City rachetées par les princes pakistanais, séoudiens, lybiens.

Le monde était encore à conquérir, des brasseries à reprendre, Chaudfontaine à casiner et thermaliser à neuf. A défaut de sauver la planète à Kyoto, on allait sauver les emplois à Liège.

—Bon sang, Hélène ? Tu es là ?

Ai-je dit.

Mais ils n’ont rien entendu.


18:55 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

:) j'suis sure qu'elle est à coté de lui :)

Écrit par : imagine | 04/01/2005

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