31/12/2004

En direct du CHSMURF de Seraing


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30/12/2004

mercredi il devrait être sur pied

 

Sortant de la salle d’op, la doctoresse jeta le gant et interpella une infirmière.

— Cataplasmes lavements clystères mercredi il devrait être sur pieds !

 

 

> >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

> Dans un hôpital de la Martinique, une infirmière se précipite  dans le

> bureau du médecin de garde et lui lance :

> * Docteu', il y a un malade là-deho's... Il a plein de  boutons sur la

> figu'e !

> * Ah oui, je vois ce que c'est : Impétigo...

> * Non, pas impétig'o, un g'and maig'e...

 

 

Si vous aimez Xian, suivez les flèches vers http://jemappellehenri.skynetblogs.be

 

Le judoka, la chronique martiale de Xian.

Halte au feu mon lieutenant ! (http://domino007.skynetblogs.be)

 

Tous les jours un petit mot « politique » chez Henri Chimères

 

 

 


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29/12/2004

Épisode 30

Épisode 30 : Le noyé.

 

 

Je ne sais rien, je sais tout, j’ai même vu, enfin, je sais que j’ai vu.

 

J’ai vu et j’ai entendu, paraît que j’en ai jusqu’à mardi ou mercredi et qu’après tout ira mieux.

 

Ou bien ce sera fini a ajouté le docteur Brown, c’est quitte ou double.

J’ai senti qu’on m’attachait, on me ligotait, un jeu de sado maso, des adeptes du bondage.

 

Dans la fausse clarté de la pièce il me semble qu’Hélène se tenait assise, mine désolée de voir son patron nu, couché sans défense.

 

Lumière violente, ils ont allumé tous les spots, était-ce un tournage pour l’émission médicale du dimanche, des étudiants allaient-ils assister à la démonstration de savoir faire de Madame le Professeur, un coup d’aiguille juste dans la moelle pour voir si ça vit encore, je la retiens, quand j’irai mieux je lui montrerai ma technique, le coup de l’aiguille dans la moelle, je retiens !

 

 

Au bureau, Henri carter avait soigneusement tenu ses fiches, quand Henri Sim reviendrait, car il allait revenir, n’est ce pas, on irait droit au but, la solution était à deux pas et il devenait urgent d’agir, Farjoux venait de lui téléphoner qu’une nouvelle tentative de suicide avait heureusement échoué sur la Batte.

 

 

Un hurluberlu, un jeune avec pins et autres décorations sur le coin de l’œil, tatoué sur le sexe même, tonna Farjoux, s’est jeté bille en tête sur le montant d’une échoppe avant de courir comme un fou se jeter en Meuse.

 

Heureusement, la fille d’un ministre socialiste rapatriée récemment d’un pays inondé où elle faisait des folies cru à un clip nouvelle mode et se jeta à l’eau aussi.

 

Quand elle comprit que le bonhomme se noyait, regardant si les caméras la filmait, elle n’écouta que son courage et la prime de mille euros possible du téléphone rouge de TRL, elle cravata le noyé en puissance, le tira en bordure, lui fit le bouche à bouche adéquat et se retrouva à la une de la dépêche.

 

 


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28/12/2004

Opération CHSMURF

Des infirmiers sont venus me chercher vers cinq heures et demie

 

Effectivement, le professeur Brown n’a pas seulement une jolie voix, elle doit avoir aussi une tête bien pleine.

 

Il paraît qu’on m’opère, je n’en sais rien, j’ai reçu un coup de batte de baseball ou alors c’est un autobus qui m’a renversé ...


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27/12/2004

journal du lundi


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26/12/2004

journal du 26


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25/12/2004

Henri ne vit pas s'approcher l'infirmière qui lui fit une n

Henri ne vit pas s'approcher l'infirmière qui lui fit une nouvelle piqûre.

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24/12/2004

Bouquet de Noel

Hélène avait apporté un joli bouquet pour décorer la chambre d'Henri.

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22/12/2004

L'ara qui rit (29)

chapitre 2 (suite)

— Ayant probablement des idées inconscientes de suicide collectif, nous avions cherché une secte à adopter, enfin... qui nous adopterait. Notre choix s'était porté sur les mormons, parce qu'ils avaient des antennes partout mais c’est Jean-Pierre qui semblait le plus accroché, heureusement, cela n’a pas fonctionné, enfin, pas vraiment. Il a bien tenté de mettre fin à ses jours mais j’ai pu l’amener à l’hôpital, oui, à Seraing. Là, ils l’ont mal surveillé, vous comprenez Madame, ils l’ont abandonné.
La pauvre madame Grotjans pleurait son Jean-Pierre de fils que pleurait aussi Madeleine, une mignonne du quartier de Sainte-Walburge, Hélène ne savait plus où se mettre. Son enquête avançait bien, elle avait noté soigneusement tout ce qu’avaient fait les vingt-et-un morts officiels.
On en était à ce nombre là sans compter les premiers (non pas qu’ils ne soient pas décédés mais on s’obstinait à ne rien vouloir faire savoir à propos de cette enquête au Palais) ni ceux que la police répertoriait comme drogués parce qu’on les avait situés du côté de la route du Brabant hollandais.
Hélène réfléchit quelques instants aux mormons cités, et se dit que s’il fallait aller chez eux, ce serait plutôt pour la polygamie que pour le suicide, enfin, et puis non, enfin, la polyandrie alors !
Hélène passa chez Levure, un pâtissier renommé, et prit une tarte, elle remonta en voiture pour se rendre à l’hôpital, Farjoux et Carter avaient promis d’aller eux aussi rendre visite au malheureux Henri.
Hélène ne décolérait pas sur elle-même, qu’avait-elle eu besoin de crier « Ciel mon mari ! » alors qu’elle n’était même pas mariée. Il ne faut jamais faire de blagues. L’hôpital, c’est pénible, et la rencontre de paumés, d’handicapés, de malades et même de docteurs, c’est toujours embarrassant, on n’a jamais l’air d’être à sa place, on n’est pas au bon endroit au bon moment.

Je ne les vois pas, je ne sais pas qui ils sont, ils passent, elles passent, je sens bien que la plupart sont des femmes. Tout à l’heure, j’ai entendu l’une d’elle dire :
— Il va avoir des visites, le monsieur photographe a téléphoné pour demander les heures.
— Le pauvre, il n’en saura rien. Je me demande bien ce qu’on va lui faire, il ne réagit pas.
Cela m’avait laissé perplexe, j’avais entendu, j’avais décidé de me lever et rien ne s’était passé, je ne voyais toujours rien, je me suis dit qu’on m’avait fait une intervention chirurgicale, que cela irait mieux que je serais content de les, de les ...

— Non, il ne réagit pas, mais vous pouvez rester, dit une voix autoritaire.
Farjoux, que faisait-il là, répondit qu’il avait l’habitude, que dans la police on en voyait de belles et des cas plus graves, notre Henri n’a rien.
J’ai voulu répondre mais je n’ai rien dit. Je n’ai pas su que je n’avais rien dit mais je l’ai compris quand la conversation s’est poursuivie, Hélène était là et Henri Carter aussi, cela me fit plaisir.
Ils n’en surent rien.
Il y a des moments comme ça où cela fait plaisir et où les autres sont dans un autre monde, sur un autre écran.

— T’as tout de même bonne mine chuchota Hélène à mon oreille et j’ai répondu sans qu’elle entende, avec mon humour bien connu : toi aussi.
Un interne vint tripoter quelque chose au goutte à goutte et s’esquiva tandis que Farjoux se levait d’une chaise pour aller s’asseoir sur une autre.
— Vous êtes un parent ? demanda la voix de la cheftaine, celle-là, je la reconnaissais bien.
— Police ! dit Farjoux comme dans les films américains.
— Ne faites pas trop de bruit, il entend peut-être et on ne sait pas comment, ça pourrait détruire son cerveau.
— C’est trop tard, dit Henri Carter, aussitôt réprimandé par Hélène :
— Idiot !
Ils s’affairèrent autour de moi, j’entendis qu’on demandait un couteau, on mangea un gâteau ou quelque chose de ce genre et Hélène se pencha sur moi pour m’embrasser sur le front.
Je sais bien que c’est Hélène, je reconnaîtrais son parfum entre toutes les femmes et je souris.
Personne ne me vit sourire à l’idée d’une longue rangée de femmes nues le long des quais de Meuse et de moi, le nez dans la toison des unes et des autres, disant enfin : c’est elle !

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L'ara qui rit (28)

chapitre 2 (suite)

Je ne tiens pas debout, je ne tiens pas assis, je ne tiens pas couché, comment faut-il que je me tienne ?
J’ai l’impression d’être un zombie, ces saloperies de drogues qu’ils m’ont injectées m’ont vidé la musculature, le cerveau, l’âme, le sexe. J’ai le sexe tout mou.

Je suis à Seraing, pourquoi à Seraing, une usine, tous les hôpitaux sont-ils des usines ? Mais comment est-ce arrivé, je ne me souviens de rien, j’étais au lit, gentiment la tête enfouie dans les seins d’Hélène, je savais qu’elle allait me faire le coup du poulpe, tourner autour de ma jambe, coller sa chair contre ma chair et puis je ne sais plus, me voici à Seraing. Je le sais parce que la jeune dame qui est venue me poser des perfusions me l’a dit.
— Vous avez eu de la chance ! Vous tombiez sur la tête et c’était fini, vous avez heurté la bulle.
Je n’y comprends rien mais je prends déjà une bonne résolution, je ferai moins l’amour avec Hélène et l’on s’occupera plus de secrétariat. J’imagine que le secrétariat est moins dangereux.
— Votre ami est venu hier, mais vous étiez encore dans les vaps, dit une autre infirmière. C’est la troisième que je vois depuis que je suis réveillé. Ai-je un bouton sur le nez ?
— J’en ai pour longtemps ? demandai-je à une autre à l’air plus sévère, une chef d’atelier, une contremaîtresse.
— Au moins deux semaines, il y a sûrement des lésions intérieures mais comme vous avez repris connaissance, vous pourrez sans doute vous occuper. Votre ami a laissé un ordinateur portable et des livres.
Je suis perplexe, je demande depuis combien de temps je suis ici, et ici, où est-ce ?
J’apprends tout sur le service du professeur Browns.
— Une femme très compétente en traumatologie, et tout le service ici est très dynamique, vous n’aurez pas à vous plaindre, ajoute la cheftaine.
J’ai donc vu débarquer une douzaine d’infirmières et aides-soignantes, un kiné baraqué comme un lutteur de foire qui a soupesé un de mes mollets et décidé que l’on commencerait mercredi. Qu’est-ce que c’est que cette histoire, j’avais hâte de voir Hélène et Henri Carter, je ne me souvenais même pas d’avoir été bourré, l’angoisse me grignotait, à quelle heure les visites ?
À midi, juste avant de sombrer à nouveau dans le coma (c’est la cheftaine qui me l’a dit, plus tard), j’ai mangé un bouillon si clair que même les diététiciennes de MacDonalds auraient pensé à de l’eau de source un peu polluée, une tranche de rôti de veau de l’épaisseur d’une bonne feuille Riz+la Croix, une demi pomme de terre étuvée de la taille d’un œuf de rossignol et une bouteille de Siwaco. Il paraît que j’ai demandé du bordeaux et qu’on m’a répondu « à Seraing ! binamé, c’est pas Byzance ici ».

Pendant ce temps-là, Hélène n’était pas restée inactive, elle avait rencontré le spécialiste annoncé. C’est lui qui lui a dit que les gens ne savent pas quoi faire, quoi dire, à quelqu’un qui va mal. Il n’y a rien à dire d’ailleurs. Simplement, écouter. Mais certaines choses sont insupportables à entendre.
Henri Carter quant à lui a cherché du côté des liaisons Gsm entre les suicidés et n’a pas découvert de liens péremptoires, certains semblaient en communication avec d’autres mais ce n’était pas systématique. Tout à son enquête, il avait rencontré Farjoux, nouvellement promu, ils étaient allés déjeuner chez Tchantchès pour fêter ça et avaient convenus de se signaler les faits nouveaux, oui, Farjoux mettait un point d’honneur à démontrer à sa hiérarchie qu’il pouvait être un enquêteur efficace.

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16/12/2004

L'ara qui rit (27)

chapitre 2 (suite)

Si l’affaire eut été moins grave, on n’en aurait pas parlé mais tout de même, Puck n’avait pu résister et on lut dans la rafale de ce matin :

Fait divers étonnant en Outremeuse.
Alors qu’il dormait paisiblement chez sa secrétaire, le détective Henri Sim entendant un bruit dans la rue, n’écoutant que son courage, souleva les couvertures, se précipita à la fenêtre. Il baissa la targette, ouvrit la croisée et d’un grand geste repoussa les volets.
Mal lui en prit, pour une fois qu’il avait passé une robe de chambre, la ceinture de celle-ci se coinça aux persiennes, notre sympathique Liégeois fut aspiré vers l’extérieur et s’en suivit une chute verticale d’un étage.

Fort heureusement, un tas de sacs d’ordures avait été déposé sur le trottoir par des amis de Bulmilsoixante, ce qui amortit le choc. Néanmoins le Smur s’empressa de faire son devoir et de débarrasser le trottoir.

Les clients de l’agence Ara sont donc avisé de ce que la permanence sera assurée pendant un jour ou deux par le sympathique associé d’Henri : Henri.

(s) Puck reporter.

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15/12/2004

L'ara qui rit (26)

chapitre 2 (suite)

Farjoux qui était rentré tard avait retrouvé sa femme d’une humeur abominable. Le lundi matin ne commença pas mieux, il n’y avait rien de préparé pour le petit déjeuner.
Le lundi fut pénible pour la tête, bénéfique pour la pharmacie Grandjean qui vendit force Aspro et autres Bayer effervescentes.
La réunion prévue avec Puck et le délégué du professeur Fontaine-Piat fut reportée au mercredi, heureusement, cela ne dérangea personne, bien au contraire. Hélène put se rendre chez une amie coiffeuse, puis suivre dans sa tournée le représentant local de Siwaco.
Henri Carter fut chargé de prendre des photographies de l’usine et si possible des camions de livraison.
Henri Sim parti enquêter vers les Hauts-Sarts, les enseignes le regardaient de travers et les gens lui répondaient mal, on ne le connaissait pas, on ne savait rien, le quartier était taciturne et socialiste.

À la soirée, tout le monde se sentit mieux, la satisfaction de la tâche accomplie: le délégué de l’Institut avait rencontré des anciens mineurs et parlé de maladies professionnelles et psychologiques, Farjoux avait ouvert un dossier confidentiel sur le décès suspect de Joseph Trompelamore, Puck avait rédigé un article flamboyant sur une ministre qui avait dépensé les sous du peuple ( en est-il d’autres, terminait son texte ), Carter avait emmagasiné des dizaines de photos de camions camionnettes et même la voiture du directeur de l’usine de limonade, Henri avait envie de se coucher dans l’odeur d’ Hélène qui valait bien plus depuis sa coloration accentuée par Garnier ou Dachkin qui n’est pas, comme l’avait d’abord pensé Henri, une marque de voitures coréennes.

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14/12/2004

L'ara qui rit (25)

chapitre 2 (suite)

De la cuisine surgit Luigi, un couteau à désosser à la main.
— On insulte la patronne ?
Henri Carter aussitôt s’interposa, voulut dire que les mots parfois, les mots...
Marina, les yeux ronds et la bouche aussi, regardait Henri danser une sorte de gigue.
— Le Siwaco, le Siwaco ! disait-il.
— Allons, dit Carter, ne te mets pas dans des états pareils pour de l’eau minérale. On en boira une au bureau.
— Biesse ti, tu n’as rien compris non plus !Le Siwaco.
— Quoi le Siwaco ?
— Henri, réfléchit !
Henri Carter avait beau réfléchir, cogiter, remuer ses méninges, il ne voyait absolument pas où cela le menait.
— On va rentrer calmement, tu vas t’allonger un peu, dit Carter.
— Le Siwaco, déclara à haute voix Hélène.
— Eh oui, elle a compris mon vieux, dit Sim à Carter.
— Marina, fais nous du café, mille litres de café, Marina, je t’embrasse, grâce à toi j’ai tout compris.
Marina, très commerçante, ne posa pas de question, le client avait commandé, il avait l’air heureux, elle ne savait pas pourquoi mais elle fut contente de son bonheur.
Henri calmé s’assit et regardant Hélène comme pour quêter une approbation commença à expliquer que partout dans cette recherche d’un indice commun on ne trouvait rien, que c’était la lettre volée, que c’était le mystère des prestidigitateurs, qu’il n’y avait rien à voir, depuis le début on avait le nez sur une bouteille de Siwaco.
Il y en avait dans la fourgonnette découverte avec tous ces cadavres, six bouteilles décapsulées de Siwaco, dont une à moitié pleine, il y en avait chez le copain disparu d’Amadou, il y en avait en face de chez Madame Pointet.
Hélène dodelinait, Henri Carter faisait la moue, les Italiens pensaient que trop de chianti nuit au raisonnement des Liégeois.

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13/12/2004

L'ara qui rit (24)

chapitre 2 (suite)

À deux heures moins le quart, une petite toux faillit interrompre Henri, lancé dans un discours matamoresque, révolutionnaire, balzacien. Il se présenterait aux prochaines élections, il toucherait un salaire de député, des émoluments de directeur de sociétés publiques, des jetons de présence dans des intercommunales, des honoraires de conseillers au ministère de la justice et quelques pots de vin, dessous de table et cadeaux anodins qui aident à vivre, une piscine dans une résidence secondaire autrichienne ou espagnole, quelques actions au porteur de sociétés off-shore.
Il en était à citer Herman : "Il n'y aura jamais de coup d'état en Belgique. Personne ne sait où est le pouvoir. Comment voulez-vous le prendre ?" quand la petite toux se fit à nouveau entendre.
— Oui, demanda Henri d’une voix irritée, aussitôt suave, mais que puis-je pour vous ? La fausse tuberculeuse était une serveuse accorte et délurée, pantalon moulant vert, ceinture blanche, large, tee-shirt pamélisant une poitrine opulente et néanmoins désirable, sur lequel s’imprimaient en gigantesque et déformées lettres rouges : YES.
— Nous allons fermer.
— Ce n’est pas possible dit Henri, apportez-nous plutôt un Brunello, si vous dites non, on file rue de la casquette !
Les petites fesses rondes traversèrent la salle pour aller en conférence derrière le comptoir. Sauf près de la gare de Rocourt où il ferme avant l’heure, le restaurateur italien est plus vendeur que respectueux des horaires, celui-ci ferma les persiennes et déboucha un Brunello qu’il dégusta avec les trois compères, s’en suivit un Barbera pour la différence, à trois heures et quart on chantait Nel pinto di blu, sole mio et d’autres mélodies moins vitales.
On ne tomba pas à la renverse en goûtant un roi soleil qui provenait d’un ami Italien installé à l’île Maurice, tu m’en diras des nouvelles déclara le sommelier sarde. Trois heures et demie, un jéroboam de Chianti fut ouvert, Henri Carter une main sur la hanche de Gina entonnait un sono italiano et je le reste qui fit plaisir à tout le monde, venant de la part d’un pur souche de Soumagne.
— Hum.Électrisé, Carter retira sa main à la vitesse de l’éclair. Il avait cru entendre Joëlle, ce n’était que Marina qui demandait si on allait petit déjeuner tous ensemble où si l’on fermait tout de même, il faut que le personnel se repose, ajouta-t-elle d’une mine sévère en regardant fixement Carter confus.
Henri Sim déclara qu’il était l’heure de commencer lundi, qu’un petit déjeuner serait le bienvenu, du vrai café, de la confiture, des salamettis, des saucissons des Abruzzes et des fromages.
— J’aime les gens qui ont bon appétit déclara Marina.
Henri l’embrassa, il avait le lundi matin gai. En attendant, donne-moi une eau pétillante.
Il n’y en plus, on est livré vers dix heures, mais il reste du Spa Citron, de la Bru aux pamplemousse et du Siwaco.
On entendit le rugissement jusqu’au fond de la vallée, à Lanhaye, ils crurent que le bouchon resautait !
Nom de dieu de bordel de milliard de con fini ! fut l’expression d’une indignation d’épouvante, on n’avait, de mémoire d’homme, vu Henri aussi rouge.

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11/12/2004

L'ara qui rit (23)

chapitre 2 (suite)

Henri poussa la porte qui était mal fermée se disant qu’un cambrioleur aurait pu entrer discrètement et crier :
— Haut les mains !
Le silence le plus total répondit à son annonce, le temps s’était arrêté une micro seconde figeant une femme en déshabillé si totalement transparent qu’elle en avait l’air plus nue encore, tenant à la main une carafe de verre emplie de café fumant et sur une chaise, raide comme la justice, tournant le dos à l’entrée, Henri Carter, tenait devant lui une soucoupe et une tasse.
L’aiguille des secondes de la belle horloge murale au décor champêtre n’avait pas atteint le petit plot suivant de sa course que la scène s’anima en une sarabande démoniaque. Henri Carter boula en avant sans geste inutile, on aurait pu croire en un joli ralenti de cascadeur, encore un peu il déposait simplement tasse et soucoupe sur le sol. Sa chaise fut propulsée dans les jambes d’Henri Sim qui écarquillait des yeux sur une vue inattendue : Hélène avait lancé le contenu bouillant de la cafetière dans sa direction et plongé vers la droite en pivotant ce qui avait amené son derrière, charmant, dans l’angle du canapé. Vive comme une anguille, la main d’Hélène avait saisi un Herstal 7mm sous un coussin de soie et le braquait fermement vers Henri en déclamant :
— Jetez votre arme !Henri qui se redressait dit à Henri statue de sel :
— T’es complètement fou de dire ça, elle aurait pu tirer.
Henri un peu tremblant tenta à la fois d’expliquer que les mots avaient dépassé sa pensée, que au grand jamais il n’aurait imaginé la secrétaire de l’agence armée et encore moins de lui savoir la capacité de faire de magnifiques roulés-boulés, très beaux, vraiment, le sang lui revenait aux joues, Henri un moment avait vu d’un œil, l’arrière-train d’Hélène et la mort en face.
Tout le monde se calma, le responsable fut chargé de nettoyer les traces de café et Hélène prenant la direction des opérations, on se raconta l’un l’autre tout ce qui semblait normal et anormal dans cette enquête sur les suicides collectifs des jeunes en région liégeoise.
On écarta rapidement la thèse simpliste de la police et Hélène répondant à la question d’Henri dit qu’elle avait bien pris contact avec un certain Institut des hautes études suicidaires dirigé par le professeur Lafontaine-Pia et que quelqu’un mandaté par ledit serait à Liège lundi en fin de matinée. Oui elle avait également pris contact avec Puck, la journaliste et cette dernière viendrait également.
On convint que oui, dans les cas survenus, certains, le plus grand nombre, étaient des couples et que cela devait être significatif.
Parfois l’amour n’est plus assez fort et c’est surtout au vide que l’on pense, au soulagement que cela va être, le néant absolu. Un beau tableau noir, monochrome, sublime, avec un reflet argenté, très discret. La mort comme une sœur, une amie, la seule qui ait compris l’horreur de vivre. La seule qui ait compris, parce qu’il n’y a jamais personne autour. De l’amour à la solitude il y a un pas souvent franchi, de cette nouvelle angoisse au suicide, le pas est peu fréquent et normalement pas collectif. Ce ne devait donc pas être l’amour ou le manque d’amour qui menait ces Liégeois-là au bout. Il y avait autre chose, un autre lien, ou un autre manque.
Des récentes filatures, il ressortait que la plupart de ces jeunes gens étaient bien estimés dans leur entourage et que les endroits qu’ils fréquentaient étaient « normaux ».
Il fallait bien pourtant que l’on découvre un fil, une erreur de raisonnement.

La nuit avançait à grand pas, lundi allait succéder à dimanche quand on constata que l’on n’avait pas soupé.
Hélène retira son vêtement léger et passa simplement une petite robe de laine par dessus ses épaules. En louvoyant entre les sacs à ordures et des caisses de marchandises, on alla vers l’Italien de service. À côté d’une boutique de bondieuseries, le néon bleu des pompes funèbres Guissepe Tortelloni et fils clignotait et derrière une grande vitrine, on voyait le feu de bois du four de la pizzeria d’Elio, un fils de mineur installé chez nous confortablement.
Elio était très social, il accueillait toujours les clients lui-même comme des amis de la famille. Lorsqu’Hélène poussa la porte, il lança un « Buena sera bella ragazza » sonore. Les Italiens, même Elio, savent donner le change, toute femme qui passe à leur portée se sent non seulement la bienvenue mais surtout la plus belle, la seule. Les garçons et les filles de salle se pressèrent pour tirer les chaises, repositionner trois couverts, installer ses messieurs dame, on n’attendait qu’eux, le service serait magnifico, que voulez vous boire, nous avons un spumante qui va vous éblouir.
Les deux hommes se seraient volontiers laissés prendre au jeu, boire les apéritifs, consommer des pousse-café, donner de gros pourboires. Hélène se disait que les hommes n’étaient que des petits gamins, elle trouvait ce jeu un peu absurde. Le mur d’en face était couvert d’une fresque de la baie, du Vésuve, une colonne figurait Pompéi.
Hélène refroidit l’ardeur d’un Tonio expansif en commandant une quatro stagione géante et trois assiettes, vino rosso mezzo litro, trois verres.
— Ainsi donc tu parles italien, dit Henri Sim en posant sa main doucement sur l’avant-bras d’Hélène.

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10/12/2004

L'ara qui rit (22)

chapitre 2 (suite)

— Madame Farjoux, bonjour, comment allez-vous ? demanda Blockmans. Mathilde eut soudain l’impression que sa robe était devenue transparente, elle rougit, elle essaya sans succès de se rassurer. Elle s’était imaginée dans ses bras, mais lui, il voyait sans doute la tante d’un des gamins qui était venu s’entraîner. Elle aurait dû lui accorder un vrai sourire mais elle était paralysée par son short trop court, son survêtement remonté qui laissait voir son nombril.
Elle tenta de parler de la pluie et du beau temps mais le sujet de conversation de Blockmans était le jeu de ballon, rien d’autre. Surtout qu’il fallait surveiller les gamins, faire des remarques. Mais il était important qu’elle vienne, elle a avait été troublée par certaines réflexions morbides de son neveu et n’avait pas compris ce qui se passait aux entraînements, elle était venue une fois et elle avait trouvé le joueur professionnel superbe et dynamique.
Trois quart d’heure plus tard, Blockmnas siffla la fin de l’entraînement et tous s’en allèrent vers les vestiaires.
— Ne restez pas là, lui dit l’homme. Venez avec nous.
Dans les vestiaires, elle resta un peu repliée sur elle-même elle ne se sentait pas à sa place avec tous ces jeunes gens qui couraient devant elle, certains nus, sans se formaliser. Elle se mit sur un banc près du distributeur de boissons. Elle se dit que cela lui ferait du bien d’en boire une, cela occuperait ses pensées. Elle mit une pièce dans l’appareil et se choisit un Siwaco orange.

Hélène se rendit chez Madame Pointet, comme le lui avait demandé Henri. Elle expliqua à la vieille dame qu’elle était l’assistante de Maître Sim qui défendrait les intérêts des enfants dans ces affaires étranges de suicides.
— Vous pensez que ce sont des crimes rituels, demanda la dame.
Hélène répondit que non, que ce n’était pas la piste privilégiée, que la police elle-même avait conclu à des affaires séparées.
— Mais ce n’est pas possible, dit la femme, moi je les ai vu rire ici et s’amuser. Ils venaient en face jouer au football de table, ils riaient tout le temps, combien en ai-je vu passer, presque tous ceux qui sont mort mademoiselle, presque tous, j’en pleurerais bien. Ils étaient très bien élevés, ils ne faisaient pas de bruits la nuit quand ils sortaient et jamais d’alcool, toujours des canettes de limonade. Ah ! J’en ai ramassé de ces boîtes de Siwaco, des poubelles entières, je les ai maudits et voilà que ...
Madame Pointet était émotive, elle versa une larme.

En fin d’après-midi, Farjoux était encore dans son bureau, il avait le dos un peu raide et faisait des élongations devant la fenêtre. Il avait rangé les dossiers, examiné les affaires en cours, réparti le travail de semaine qu’il distribuerait demain. À quatre heures, les trois inspecteurs de la volante étaient rentrés. Rien à signaler. Liège vivait un dimanche calme. « Heureusement, se dit-il, aurais-je été à la hauteur ».

Henri Carter s’était pris au jeu de pistes, Sim ne répondant pas, il se pointa chez Hélène qui cria : « Entre » dès qu’il eut heurté l’huis.
Ce ne devait pas être lui qu’elle attendait, elle était ravissante de féminité dans une petite culotte fushia.
Hélène avait une bonne santé et un moral de fer : « Mais entre donc, dit-elle, ne reste pas là comme un ballot, je vais passer une robe de chambre ».
Carter pensa que c’était une très sage idée, qu’il n’avait pas envisagé d’être un jour reçu chez la secrétaire de l’agence dans une tenue aussi, disons, légère, voire même transparente se dit-il en écarquillant un peu plus les yeux, Hélène revenait, en robe de chambre, c'est-à-dire que sur cette petite culotte diaphane, elle avait passé un délicat tissu vert d’eau aussi limpide que l’eau de source elle-même.
— Voilà ! dit-elle tout à trac, je suis allée chez madame Pontet comme Henri l’a demandé, je n’ai rien découvert.
— Ce n’est pas comme moi, dit Henri Carter en tentant de regarder vers la cuisine, geste qu’Hélène prit pour un signal.
— Pauvre chou, dit-elle, je te laisse glander, je vais te faire un bon café.
Henri déglutit et opina du chef.

Henri Sim remonta dans la Gordini. Il avait suivi le jeune homme toute l’après-midi sans découvrir autre chose qu’un réseau de jeunes gaillards qui aimaient plus les flippers et autres jeux de café que le grand air mais sans abuser de cigarettes, encore moins d’alcool, ces jeunes-là étaient sobre, ils buvaient des Ice-Tea et des Siwaco.
À six heures et demie, il se dit que le moment était venu de rentrer se reposer et que le petit lit d’Hélène ...

Au volant, Henri fredonne …

C'est pas facile d'avoir vingt ans,
C'est plus mêlant qu'avant;
C'est pas facile d'avoir vingt ans...
Elle a le temps, tout le temps.

En mobylette, en métro ou à pied,
Marie-Hélène traverse la société.

Il sifflote

Les trois capitaines
L´auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d´eau
Ne cherche plus, aux larmes d´Hélène
Va-t´en remplir ton seau

Moi j´ai pris la peine
De les déchausser
Les sabots d´Hélèn´

Henri gare sa Renault au bout de la rue. Toujours le même problème ! La parcage, quelle plaie ! Est-ce que l’échevin des travaux publics va enfin se décider à aménager le quartier ?
« Tiens, le tacot du photographe ? Il est par ici ? »

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08/12/2004

L'ara qui rit (21)

chapitre 2 (suite)

Nul n’échappe à dimanche, les administrations ne s’occupent pas de leurs administrés, les soldats sont en permission ou se lèvent plus tard, les éboueurs ont consigné leurs camions. On fait la fille chez les boulangers juste après les heures de messes et dans les cafés populaires juste avant.
Des incroyants qui ne se sont pas rasés et quelques esprits forts dorment même jusqu’à midi en une grasse matinée lourde de sens. Des sportifs se préparent presque pour le match et d’autres cherchent un tee-shirt pour s’en vêtir avant d’aller au cinéma.
Le dimanche n’est pas un jour ordinaire, la place Saint-Lambert que traverse Carter est vide. Tout le monde est sur la Batte. Et Henri, — Où est Henri ? se demande Carter — qui, venu au bureau, n’a trouvé personne à qui parler.

Henri Carter a déposé les films qu’il développera plus tard, se disant d’être prudent dans les mesures de produits chimiques et les révélateurs, la dernière bobine contenant quelques photos de Valérie dont Joëlle ne peut soupçonner l’existence.
Pourtant des pôles d’activités fébriles naissent ici et là. Farjoux à son nouveau bureau a pris note de ses consignes et déjà a distribué des tâches.
Mathilde, en longeant les maisons de la rue du Val Benoît se dit qu’elle a eu raison de ne pas prendre sa voiture. Et plus elle marche, plus son excitation monte. Rue Solvay, elle court presque sous l’impulsion d’une tension sexuelle constante et culpabilisante, comme si elle allait commettre un acte interdit.
Arrivée au terrain elle va s’asseoir sur un banc à côté de deux hommes qui fument tranquillement et de deux jeunes filles dont une avec un gros sac blanc et rouge.Des garçons parlaient à un grand gaillard en short, Blockmans.
Mathilde regarda Blockmans et se demanda pourquoi elle se sentait coupable. Je ne fais rien de mal, je le regarde.

Henri commençait à se sentir une vrille dans la tête à fixer la porte cochère, enfin Laurent Thiron parut. D’une démarche incertaine, il traversa la rue et ouvrit une petite porte en bois qui fermait un corridor entre deux maisons. Un ancien sentier sans doute qui menait à l’un des deux jardins et qui avait été oublié par le cadastre. Il pénétra dans l’étroit couloir dont il ressortit aussitôt, tenant à la main un vélomoteur. Il l’enfourcha, pédala comme un fou et démarra comme un tordu sans prendre aucunement attention à l’autobus qui dut freiner in extremis.
Après avoir manqué se faire emboutir, Laurent fonça vers le pont, la rue Grétry. Au lieu de tourner à gauche, comme Henri le pensait, le vélomotoriste se dirigea vers la droite et enfila le boulevard de Froidmont.
Henri le suivait à cinquante mètres, il avait baissé un peu le pare-soleil pour faire de l’ombre dans la Gordini. Prévoyant que l’homme allait vers le quai des Ardennes, il réduisit un peu l’espace pour ne pas être coincé au feu de signalisation.
Le jeune homme ne continua pas beaucoup plus loin, il s’arrêta à l’entrée de Chénée où il s’engouffra dans un bar.

Dans son petit appartement, Hélène rangeait ses affaires soigneusement. Elle souriait en chantonnant, elle était heureuse, se demandant si Henri était de passage ou s’il entrait dans sa vie. Elle allait lui faire plaisir de toute façon en tapant le résumé de l’enquête et en allant dire bonjour à madame Pointet.

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07/12/2004

L'ara qui rit (20)

chapitre 2 (suite)

Mathilde renifla l’after-shave Williams, tendit la joue et accepta un baiser du bout des lèvres. Farjoux sortit en claquant la porte. Il avait sa petite idée en tête. Il s’en alla en sifflotant vers la permanence, il lui sembla qu’il faisait beau.
Henri Carter replia le pied, rangea le téléobjectif, se dit que Henri serait content, il avait les photos qu’il fallait. Carter s’en alla vers sa fourgonnette rangée deux rues plus loin. Il irait d'abord au bureau, Henri Sim avait bien dit qu’il y passerait la nuit s’il le fallait mais que toutes les pistes concernant cette affaire serait dûment consignées et vérifiées.

Henri était assis dans le lit d’Hélène, il était un peu courbaturé, lui qui était habitué à ses aises de célibataire avait sans cesse rencontré le corps d’Hélène et les réactions avaient chaque fois été les mêmes, elle se tournait.
Et de quelque côté qu’elle se tourne, Henri s’y intéressait.
Il pensa qu’il faudrait faire du café, bien que son ami le poète roumain lui ait reproché d’en boire en phase d’excitation.
On ne se refait pas, quoique s’il ne trouvait pas de café, il se contenterait d’un chocolat chaud, Hélène devait certainement avoir cela en réserve.
Henri trouva du café Chat Noir et un berlingot de lait. Hélène semblait dormir, il passa doucement le long du lit pour atteindre la minuscule salle de bains. Le petit jour filtrait par les persiennes, il fait gris songea-t-il. Il regarda l’endormie, une petite fille paisible. Sa respiration régulière soulevait sa poitrine offerte et arrogante de nudité. Ses cheveux semblaient blonds, ils formaient une tache lumineuse sur un oreiller de crêpe de chine violet. Hélène aimait le violet, elle disait que c’était une couleur tendre.

Henri se fit couler un bain tiède, il y resta longtemps dans l’espoir de se détendre mais cela n’était pas possible. Hélène ici tout près, et cette affaire, la suite des contacts qu’il avait eu grâce à Amadou, il sentait qu’il tenait une piste sérieuse, il ne savait pas encore quel indice allait l’aiguiller mais il était sûr que tout allait se découvrir, qu’un écheveau allait se dérouler. Henri chercha dans la petite armoire et trouva un rasoir de sécurité avec une lame qui avait l’air neuve. Il pensa qu’Hélène se rasait les jambes, oui les jambes se sourit-il à lui-même, pas ailleurs.
Il fit mousser soigneusement la crème. Ensuite, il s’habilla lentement.
Il était assis dans la kitchenette quand Hélène vint le rejoindre, perdu dans ses pensées, il ne l’avait pas entendu venir.
Henri expliqua à Hélène ce qu’il attendait d’elle puis, il se dit qu’il fallait appeler Carter qui devait être fatigué d’une nuit blanche.
Il laissa sonner le GSM trois fois et raccrocha, c’était un signal convenu.
Personne ne répondit.
— Où crois-tu qu’il est demanda Henri ?

18:30 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/12/2004

L'ara qui rit (19)

chapitre 2 (suite)

Henri était une sorte de tourbillon impossible à saisir, il avait tellement vécu de vies qu’un chat serait déjà momifié avant qu’il meure. Si des Florence l’avaient quelquefois chahuté, il avait plus d’Hélène aux basques qu’ Iglesias soi-même.
Samedi, 20h30, début de nuit de fin d’automne, une rue normale à Liège, trottoirs étroits, pavés belges crachin imperméables gens pressés vieilles trottinantes lumières blafardes de néons communaux flashes répétitifs multicolores place de parking rue de Berghes la Gordini dans un créneau étroit pare choc contre pare choc c’est toi qui a la clé ? ah mais non, c’est toi qui est venu me prendre on a l’air malins on n’a pas la clé...
Des passants pressés dans le brouillard qui tombe sur la ville, deux silhouettes dans une voiture en stationnement. Buée sur les vitres.
— Arrête de frotter la vitre c’est dégoûtant et ça ne sert à rien.
— On ne va pas rester ici toute la nuit, pourquoi voulais-tu que l’on vienne absolument au bureau, y’en a marre de tes lubies, je suis secrétaire moi, pas Saint Antoine. Si t’as perdu quelque chose, c’est lui qu’il faut sonner. Et maintenant tu dis que tu n’as pas la clé, que va-t-on faire, zut alors !
— Lafontaine-Pia, dit Henri, c’est ça, Lafontaine-Pia, tu lui téléphoneras demain.
— Demain c’est dimanche, allez mets en route, on ne va pas rester ici toute la nuit.
— Lafontaine-Pia, l’Institut de surveillance du suicide, un truc financé par 804000 ou 111111 ou je ne sais quoi, je me souviens.
— Tu ne sais quoi ou tu te souviens, mets en marche, ça caille !
Henri se décida à tourner la clé et à lancer le démarreur. Le Gordini vrombit, le pot Abarth deux tubulures chromées oscilla un peu, une vis de fixation était à reposer lors du prochain passage chez Luigi, réparations, tondeuses et go karts.
Henri roulait doucement dans une ville qui passait d’une fausse nuit de fin de jour à une vrai nuit de Tchantchès.
On vit cette nuit là, de pleine lune, Valou près de l’Opéra et Pipette en route pour prendre du service à Bierset.

Dans sa petite maison de Chénée, Farjoux avait résolu de renverser sa femme au travers du lit, alors que l’émission Place Royale n’était pas encore terminée. Mathilde se rebella. Farjoux venait de recevoir son certificat d’inspecteur, de la nouvelle police, le matin même lors d’une petite cérémonie au commissariat d’Outremeuse. Il parut ravi de la résistance de sa femme, c'était un jeu nouveau.
Il en sortirait forcément vainqueur, puisqu'il était plus fort. Il lui coinça les poignets sur l’oreiller et remonta sa chemise de nuit jusqu'à la taille.
Ils luttèrent ensemble un moment puis elle ferma les yeux, son corps se couvrit de sueur. Quand sous la pression, l'acte devint inévitable, elle se surprit à imaginer que l'homme qui était sur elle était Blockmans, un joueur de football qu’elle admirait. Pourquoi lui, se demanda-t-elle. Mais c'était son visage et son corps qu'elle imaginait. Elle sentit son corps se laisser aller et fut tout humide alors que Gaspard Farjoux se plaçait en elle.
Elle en ressentit une telle excitation que son mari cessa d'exister, remplacé par Blockmans: Elle sentait la poitrine mâle du footballiste contre ses seins, le poids de l’athlète sur son corps et en elle, un homme plus lourd et plus musclé que Gaspard. Tout lui paraissait différent, inattendu, ce fut un chef d’œuvre X elle cria !
Farjoux, bien sûr, ne se douta de rien. Pour lui, la journée était le summum d’une vie, un diplôme d’inspecteur et une femme qui gueule quand on la pénètre !
Finalement il se laissa rouler sur sa moitié du lit.
Pourquoi, Blockmans se demanda Mathilde. Je ne le connais même pas.
-Mathilde, je t'aime.
Les larmes lui montèrent aux yeux. C'est probablement vrai, se dit-elle.
Elle se retourna contre le mur et lui dit de dormir.

Dimanche matin, Henri Carter s’éveille, la nuit a été longue, en planque derrière le hangar de Piedboeuf pour avoir des portraits de clarkistes matinaux.
Henri Sim roula sur Hélène, le lit était un peu étroit.
Gaspard Farjoux embrassa Mathilde.
— Tu sors un dimanche, demanda –t- elle.
— C'est le premier jour à mon nouveau poste, répondit l’inspecteur.

19:55 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/12/2004

Les blogs d'Henri ... (à cliquer)

Les blogs d'Henri

17:21 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/12/2004

L'ara qui rit (18)

chapitre 2 (suite)

Les circonstances hasardeuses d’une vie sont déroutantes. Depuis plusieurs semaines j’essayais en vain de trouver des informations originales concernant la vague de suicides qui venait de s’abattre sur la ville et plus spécialement concernant des gens jeunes, la plupart étudiants.
Voilà que soudain, j’étais propulsé dans l’univers de deux d’entre eux par le biais d’Amadou qui est pour le moment dans ma baignoire en train de prendre un bain parfumé. Lui aussi a trouvé Florence détestable, il n’avait pas de quoi se loger, enfin sauf chez un cousin arrageois, ce qui est tout de même en Flandres, voir en Picardie, c'est-à-dire loin.
Moins loin que l’Afwique pat’on dit Amadou en me remerciant pour mon hospitalité. Amadou mange les r, il a un corps superbe, Florence n’avait pas mauvais goût et une fois étrillé et astiqué, il me pilote d’une cité à un bistro, d’un quartier pauvre à un quartier d’étudiant, d’une rue minable à un sentier à marigots, nous sommes derrière une colline d’Amay, nous allons entrer chez Madame Josette. Josette Calmant louait deux chambres dans une vieille maison de coron rénovée salle de bains dans la cave et paillasson dans l’entrée.

— Bonjou’ Mâm’ Josette, je t’amène un nouveau candidat locataiwe, dit finement Amadou en me faisant deux clins d’œil de magicien qui va sortir un lapin de son mouchoir.
Josette me détailla de haut en bas, jeta un coup d’œil sur la Gordini rangée le long du trottoir et nous faisant pénétrer dans un corridor sombre fit remarquer que la rue était à stationnement alternatif, que je m’étais garé du mauvais côté avec ma vieille voiture.
Nous pûmes cependant avancer dans le couloir qui débouchait sur une petite place chauffée par un poêle en fonte avec des parements émaillés comme on n’en fait plus depuis des lustres. Une bonne chaleur vous prenait immédiatement à la poitrine, il faisait très chaud dans la pièce tout autant qu’assez froid dans les autres locaux de la maison.

Une cafetière en tôle rouge se balançait, laissant échapper un peu de vapeur de café, un chat gris ronronnait dans un fauteuil acheté il y quinze ans chez Unigro.
— Vous prendrez un peu de café ? questionna la logeuse.
Nous ne pouvions refuser, Amadou se servit même d’une cigarette qu’il alluma sans demander quoi que ce soit. Il souffla la fumée puis dit à Madame Josette qu’il m’avait parlé de la chambre de Léopold et que cela pouvait m’intéresser, que j’étais un ami très cher de l’un de ses amis et que, enfin l’ambassade l’université le fils du ministre tout le monde me connaissait sûrement elle n’aurait pas de soucis de loyer.
— J’y compte bien, dit-elle, après le tour que Léo m’a joué, celui-là alors !
Josette était en manque de conversation, il fut assez simple de tout savoir sur Léo, Léo par ci Léo par là un bon gamin pourtant et studieux et propre, et sa demoiselle, oh charmante elle venait attention juste en tout bien vous comprenez, elle était mineure on ne peut pas louer aux mineurs.
— Nous sommes pourtant dans une maison de charbonnage, dis-je, en déposant ma tasse sur le petit plateau chinois.
Madame Josette me lança un regard aigu, me classa définitivement dans les simples d’esprits et convint que bien que « malgré que alors que enfin, il y a encore des scellés sur la porte mais, moi il faut que je vive n’est ce pas, oui, allez-y Amadou vous montrera le chemin mais ne dérangez rien, visitez à votre aise, vous verrez c’est très bien, Et le Velux donne au-dessus du jardin du voisin toujours fleuri et bien entretenu. »

Au troisième étage, porte de gauche, effectivement les scellés avaient été apposés par la police locale. Mais il était tout aussi évident que la porte avait été ouverte et que les scellés étaient placés de manière à donner le change, on voyait bien que l’on s’était introduit dans la chambre.
Celle-ci était effectivement assez spacieuse et claire, la fenêtre de toit était un grand carré qui donnait jour au dessus du coin bureau. L’angle nord était meublé d’un cosy accolé à une armoire penderie et en face une porte coulissante accordéon ouvrait sur un débarras à droite, un rideau de douche à gauche.
Des mains malhabiles avaient fouillé les affaires du jeune homme et les tiroirs avaient été bousculés. Pendant qu’Amadou laissait traîner ses mains, je tirai le rideau de la douche pour découvrir un bac carré en tôle dans lequel on avait visiblement fait une petite lessive culotte soutien gorge, je me dis que la demoiselle était sans doute plus bien qu’honneur. Une photographie d’elle, je suppose d’elle, me confirma le goût du locataire pour les petites brunettes aux jolis seins, la photo montrait tout ce qu’on ne montre qu’à son fiancé et dans l’intimité.
Je feuilletai des carnets de cours, des cahiers de notes, je conclus rapidement que j’étais ici dans la chambre normale d’un étudiant normal aux mœurs normales.
Amadou ouvrit le mini frigo en me faisant remarquer qu’il serait sans doute repris par les parents de Léopold, il ne faisait pas partie de l’inventaire locatif.
Je lui répondis que c’était sans importance, que je n’avais pas vraiment l’intention de louer. Sourire, rigolade irrépressible.
— Ya enco’e une bièwe, tu veux ? Amadou pris une canette de Siwaco qu’il but à même la boîte tandis que je disais « non, merci, je ne bois rien. »

Une heure plus tard, nous étions de retour en ville, je déposai mon nouvel ami, à sa demande, chez Chantal, une Antillaise de sa connaissance qui n’allait pas lui refuser une ou deux semaines d’hébergement.
Il me fit un grand salut une fois rendu sur le trottoir et je démarrai en trombe pour aller chez Hélène.
— Tu ne crois tout de même pas que je vais t’accompagner au bureau un samedi me dit-elle, assez froidement.
« Il n’a jamais aucune idée de ce que je ressens, pensa-t-elle. Comment est-ce que ça fonctionne, un homme comme Henri ? »

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01/12/2004

L'ara qui rit (17)

chapitre 2 (suite)

Quinze jours plus tard, je n'étais plus le monsieur bien élevé, respectueux des conventions sociales, charmant avec son associé et sa secrétaire, dynamique et entreprenant, assidu au travail.
Florence était une belle garce qui me bouleversait du matin au soir, finies les résolutions de réussir une enquête difficile pour atteindre la notoriété sur la place liégeoise, j’étais tombé dans les mains d’un démon dans un corps de déesse.

D’études au Sart Tilman elle avait la carte d’étudiante mais on ne pouvait pas dire qu’elle y soit assidue. En tout cas, pas depuis deux semaines. Elle avait senti qu’elle me tenait par un bon bout et son ambition était de devenir patronne, c’était clair ! Elle se voyait déjà avocate aux assises commandant un petit fouinard à son service. Carter était quant à lui vampé, autant dire qu’il ne sortait plus de sa chambre noire lorsqu’elle était au bureau.
Mais en un demi mois, nous n’y étions plus allé que quelques heures. Le niveau de mon compte en banque avait pris du plomb dans l’aile, elle trouvait la Gordini sympa mais étroite, en passant rue de la Cathédrale elle avait vu un amour de tailleur ici et dans une autre vitrine des chaussures comme ça et plus loin de ces sous-vêtements qui vont te faire craquer mon minou.
Une garce, mais je l'avais dans la peau. Elle était effroyablement belle.

Puis, alors que tout de même je marchais dans les traces de quelques uns de ces jeunes qui avaient décidés de disparaître, elle s'ingénia à exciter ma jalousie. Elle multipliait ses retards à nos rendez-vous, disparaissait certains soirs sous des prétextes mensongers à peine, déguisés. Elle finit par me faire accepter l'idée qu'elle était assez belle et excitante pour savoir comment se conduire et oser sortir seule même à Liège, qui n’est sommes toutes, dit-il, qu’un minable bourg de province crépusculaire. J’aimerais vivre à Paris, ajouta-t-elle, tu y serais bien, là-bas tu pourrais ouvrir un cabinet plus grand, je te choisirais d’autres secrétaires que cette Hélène.
J’enrageais puis soudain elle devenait câline et je me soûlais de son amour comme l'intoxiqué de sa drogue.
Sous cette douche écossaise, je finis par perdre patience et me crus bien inspiré en montrant les dents.

Le résultat fut immédiat. Elle disparut pendant trois jours et revint avec un grand noir qu’elle me présenta comme son cousin d’Afrique, tu sais, je t’en avais parlé.
Je ne sais si elle m’en avait touché mot mais sous des dehors sombre, le gaillard était très sympathique, liant, causant tant et si bien que nous parlâmes lui et moi de cette enquête qui devait me rendre célèbre.
— Mais, dit-il après un temps, moi je sais bien pourquoi Léopold et sa petite amie se sont suicidé, je les connaissais bien, j’ai même vécu un moment à côté de leur chambre.

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L'ara qui rit (16)

chapitre 2 (suite)

© Casterman  
Ce fut Hélène qui arriva la première. Elle entra, un classeur à courrier sous le bras, vêtue d'une pimpante robe claire qui, si elle n’était pas de saison, était courte. Elle était charmante, ainsi, et plus encore lorsqu’on levait le regard vers ses adorables yeux et ses boucles brunes – parfois auburn, d’autres jours à mèches rousses.
Elle avait une démarche dansante, qui mettait en valeur un corps, ravissant, qui me rendait rêveur. Je me dis qu’Henri Carter aurait aimé la photographier : le lui avait-il déjà demandé ? En fait, je la regardais comme un amateur de quatre chevaux à qui on offrait une Jaguar.

Je remarquai qu'elle avait pleuré. Je m'en fichais royalement, c’est vrai que je la trouvais tarte et jolie, efficace mais brouillonne, mais depuis que j’avais rencontré Florence, quelle femme existait encore ?

Après un bonjour du bout des lèvres, qui la surprit tellement qu'elle me répondit à. mi-voix, je lui dis :
— Laissez le courrier, Hélène, je vous appellerai plus tard.
— Bien, monsieur Henri, répliqua-t-elle, visiblement décontenancée, en claquant la porte un petit peu plus fort qu'il n'eût convenu.

Je n'avais pas essayé de la coincer pour l'embrasser comme les autres jours, était-elle mortifiée. Je ne savais pas me conduire avec les femmes.

Une fois seul, je dépouillai les lettres et mis à part celles destinées au département photographique. Alors, et cette Florence !!! J’impatientais. Je laissai vagabonder mon imagination jusqu'à la rue Dessus-l’Eglise où je l'avais déposée hier soir. Elle avait beaucoup apprécié la balade en Gordini. Ce sursis me permettait de parcourir la correspondance en suçant quelques Marlboro.(Depuis que je ne fumais plus, je suçais des cigarettes chaque fois que j’étais énervé). Je fus tenté de lui téléphoner, puis je me ravisai, malgré que j'en mourus d'envie. . .

00:49 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |