22/12/2004

L'ara qui rit (28)

chapitre 2 (suite)

Je ne tiens pas debout, je ne tiens pas assis, je ne tiens pas couché, comment faut-il que je me tienne ?
J’ai l’impression d’être un zombie, ces saloperies de drogues qu’ils m’ont injectées m’ont vidé la musculature, le cerveau, l’âme, le sexe. J’ai le sexe tout mou.

Je suis à Seraing, pourquoi à Seraing, une usine, tous les hôpitaux sont-ils des usines ? Mais comment est-ce arrivé, je ne me souviens de rien, j’étais au lit, gentiment la tête enfouie dans les seins d’Hélène, je savais qu’elle allait me faire le coup du poulpe, tourner autour de ma jambe, coller sa chair contre ma chair et puis je ne sais plus, me voici à Seraing. Je le sais parce que la jeune dame qui est venue me poser des perfusions me l’a dit.
— Vous avez eu de la chance ! Vous tombiez sur la tête et c’était fini, vous avez heurté la bulle.
Je n’y comprends rien mais je prends déjà une bonne résolution, je ferai moins l’amour avec Hélène et l’on s’occupera plus de secrétariat. J’imagine que le secrétariat est moins dangereux.
— Votre ami est venu hier, mais vous étiez encore dans les vaps, dit une autre infirmière. C’est la troisième que je vois depuis que je suis réveillé. Ai-je un bouton sur le nez ?
— J’en ai pour longtemps ? demandai-je à une autre à l’air plus sévère, une chef d’atelier, une contremaîtresse.
— Au moins deux semaines, il y a sûrement des lésions intérieures mais comme vous avez repris connaissance, vous pourrez sans doute vous occuper. Votre ami a laissé un ordinateur portable et des livres.
Je suis perplexe, je demande depuis combien de temps je suis ici, et ici, où est-ce ?
J’apprends tout sur le service du professeur Browns.
— Une femme très compétente en traumatologie, et tout le service ici est très dynamique, vous n’aurez pas à vous plaindre, ajoute la cheftaine.
J’ai donc vu débarquer une douzaine d’infirmières et aides-soignantes, un kiné baraqué comme un lutteur de foire qui a soupesé un de mes mollets et décidé que l’on commencerait mercredi. Qu’est-ce que c’est que cette histoire, j’avais hâte de voir Hélène et Henri Carter, je ne me souvenais même pas d’avoir été bourré, l’angoisse me grignotait, à quelle heure les visites ?
À midi, juste avant de sombrer à nouveau dans le coma (c’est la cheftaine qui me l’a dit, plus tard), j’ai mangé un bouillon si clair que même les diététiciennes de MacDonalds auraient pensé à de l’eau de source un peu polluée, une tranche de rôti de veau de l’épaisseur d’une bonne feuille Riz+la Croix, une demi pomme de terre étuvée de la taille d’un œuf de rossignol et une bouteille de Siwaco. Il paraît que j’ai demandé du bordeaux et qu’on m’a répondu « à Seraing ! binamé, c’est pas Byzance ici ».

Pendant ce temps-là, Hélène n’était pas restée inactive, elle avait rencontré le spécialiste annoncé. C’est lui qui lui a dit que les gens ne savent pas quoi faire, quoi dire, à quelqu’un qui va mal. Il n’y a rien à dire d’ailleurs. Simplement, écouter. Mais certaines choses sont insupportables à entendre.
Henri Carter quant à lui a cherché du côté des liaisons Gsm entre les suicidés et n’a pas découvert de liens péremptoires, certains semblaient en communication avec d’autres mais ce n’était pas systématique. Tout à son enquête, il avait rencontré Farjoux, nouvellement promu, ils étaient allés déjeuner chez Tchantchès pour fêter ça et avaient convenus de se signaler les faits nouveaux, oui, Farjoux mettait un point d’honneur à démontrer à sa hiérarchie qu’il pouvait être un enquêteur efficace.

09:28 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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Écrit par : Merenptah | 22/12/2004

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