13/12/2004

L'ara qui rit (24)

chapitre 2 (suite)

À deux heures moins le quart, une petite toux faillit interrompre Henri, lancé dans un discours matamoresque, révolutionnaire, balzacien. Il se présenterait aux prochaines élections, il toucherait un salaire de député, des émoluments de directeur de sociétés publiques, des jetons de présence dans des intercommunales, des honoraires de conseillers au ministère de la justice et quelques pots de vin, dessous de table et cadeaux anodins qui aident à vivre, une piscine dans une résidence secondaire autrichienne ou espagnole, quelques actions au porteur de sociétés off-shore.
Il en était à citer Herman : "Il n'y aura jamais de coup d'état en Belgique. Personne ne sait où est le pouvoir. Comment voulez-vous le prendre ?" quand la petite toux se fit à nouveau entendre.
— Oui, demanda Henri d’une voix irritée, aussitôt suave, mais que puis-je pour vous ? La fausse tuberculeuse était une serveuse accorte et délurée, pantalon moulant vert, ceinture blanche, large, tee-shirt pamélisant une poitrine opulente et néanmoins désirable, sur lequel s’imprimaient en gigantesque et déformées lettres rouges : YES.
— Nous allons fermer.
— Ce n’est pas possible dit Henri, apportez-nous plutôt un Brunello, si vous dites non, on file rue de la casquette !
Les petites fesses rondes traversèrent la salle pour aller en conférence derrière le comptoir. Sauf près de la gare de Rocourt où il ferme avant l’heure, le restaurateur italien est plus vendeur que respectueux des horaires, celui-ci ferma les persiennes et déboucha un Brunello qu’il dégusta avec les trois compères, s’en suivit un Barbera pour la différence, à trois heures et quart on chantait Nel pinto di blu, sole mio et d’autres mélodies moins vitales.
On ne tomba pas à la renverse en goûtant un roi soleil qui provenait d’un ami Italien installé à l’île Maurice, tu m’en diras des nouvelles déclara le sommelier sarde. Trois heures et demie, un jéroboam de Chianti fut ouvert, Henri Carter une main sur la hanche de Gina entonnait un sono italiano et je le reste qui fit plaisir à tout le monde, venant de la part d’un pur souche de Soumagne.
— Hum.Électrisé, Carter retira sa main à la vitesse de l’éclair. Il avait cru entendre Joëlle, ce n’était que Marina qui demandait si on allait petit déjeuner tous ensemble où si l’on fermait tout de même, il faut que le personnel se repose, ajouta-t-elle d’une mine sévère en regardant fixement Carter confus.
Henri Sim déclara qu’il était l’heure de commencer lundi, qu’un petit déjeuner serait le bienvenu, du vrai café, de la confiture, des salamettis, des saucissons des Abruzzes et des fromages.
— J’aime les gens qui ont bon appétit déclara Marina.
Henri l’embrassa, il avait le lundi matin gai. En attendant, donne-moi une eau pétillante.
Il n’y en plus, on est livré vers dix heures, mais il reste du Spa Citron, de la Bru aux pamplemousse et du Siwaco.
On entendit le rugissement jusqu’au fond de la vallée, à Lanhaye, ils crurent que le bouchon resautait !
Nom de dieu de bordel de milliard de con fini ! fut l’expression d’une indignation d’épouvante, on n’avait, de mémoire d’homme, vu Henri aussi rouge.

01:57 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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