10/12/2004

L'ara qui rit (22)

chapitre 2 (suite)

— Madame Farjoux, bonjour, comment allez-vous ? demanda Blockmans. Mathilde eut soudain l’impression que sa robe était devenue transparente, elle rougit, elle essaya sans succès de se rassurer. Elle s’était imaginée dans ses bras, mais lui, il voyait sans doute la tante d’un des gamins qui était venu s’entraîner. Elle aurait dû lui accorder un vrai sourire mais elle était paralysée par son short trop court, son survêtement remonté qui laissait voir son nombril.
Elle tenta de parler de la pluie et du beau temps mais le sujet de conversation de Blockmans était le jeu de ballon, rien d’autre. Surtout qu’il fallait surveiller les gamins, faire des remarques. Mais il était important qu’elle vienne, elle a avait été troublée par certaines réflexions morbides de son neveu et n’avait pas compris ce qui se passait aux entraînements, elle était venue une fois et elle avait trouvé le joueur professionnel superbe et dynamique.
Trois quart d’heure plus tard, Blockmnas siffla la fin de l’entraînement et tous s’en allèrent vers les vestiaires.
— Ne restez pas là, lui dit l’homme. Venez avec nous.
Dans les vestiaires, elle resta un peu repliée sur elle-même elle ne se sentait pas à sa place avec tous ces jeunes gens qui couraient devant elle, certains nus, sans se formaliser. Elle se mit sur un banc près du distributeur de boissons. Elle se dit que cela lui ferait du bien d’en boire une, cela occuperait ses pensées. Elle mit une pièce dans l’appareil et se choisit un Siwaco orange.

Hélène se rendit chez Madame Pointet, comme le lui avait demandé Henri. Elle expliqua à la vieille dame qu’elle était l’assistante de Maître Sim qui défendrait les intérêts des enfants dans ces affaires étranges de suicides.
— Vous pensez que ce sont des crimes rituels, demanda la dame.
Hélène répondit que non, que ce n’était pas la piste privilégiée, que la police elle-même avait conclu à des affaires séparées.
— Mais ce n’est pas possible, dit la femme, moi je les ai vu rire ici et s’amuser. Ils venaient en face jouer au football de table, ils riaient tout le temps, combien en ai-je vu passer, presque tous ceux qui sont mort mademoiselle, presque tous, j’en pleurerais bien. Ils étaient très bien élevés, ils ne faisaient pas de bruits la nuit quand ils sortaient et jamais d’alcool, toujours des canettes de limonade. Ah ! J’en ai ramassé de ces boîtes de Siwaco, des poubelles entières, je les ai maudits et voilà que ...
Madame Pointet était émotive, elle versa une larme.

En fin d’après-midi, Farjoux était encore dans son bureau, il avait le dos un peu raide et faisait des élongations devant la fenêtre. Il avait rangé les dossiers, examiné les affaires en cours, réparti le travail de semaine qu’il distribuerait demain. À quatre heures, les trois inspecteurs de la volante étaient rentrés. Rien à signaler. Liège vivait un dimanche calme. « Heureusement, se dit-il, aurais-je été à la hauteur ».

Henri Carter s’était pris au jeu de pistes, Sim ne répondant pas, il se pointa chez Hélène qui cria : « Entre » dès qu’il eut heurté l’huis.
Ce ne devait pas être lui qu’elle attendait, elle était ravissante de féminité dans une petite culotte fushia.
Hélène avait une bonne santé et un moral de fer : « Mais entre donc, dit-elle, ne reste pas là comme un ballot, je vais passer une robe de chambre ».
Carter pensa que c’était une très sage idée, qu’il n’avait pas envisagé d’être un jour reçu chez la secrétaire de l’agence dans une tenue aussi, disons, légère, voire même transparente se dit-il en écarquillant un peu plus les yeux, Hélène revenait, en robe de chambre, c'est-à-dire que sur cette petite culotte diaphane, elle avait passé un délicat tissu vert d’eau aussi limpide que l’eau de source elle-même.
— Voilà ! dit-elle tout à trac, je suis allée chez madame Pontet comme Henri l’a demandé, je n’ai rien découvert.
— Ce n’est pas comme moi, dit Henri Carter en tentant de regarder vers la cuisine, geste qu’Hélène prit pour un signal.
— Pauvre chou, dit-elle, je te laisse glander, je vais te faire un bon café.
Henri déglutit et opina du chef.

Henri Sim remonta dans la Gordini. Il avait suivi le jeune homme toute l’après-midi sans découvrir autre chose qu’un réseau de jeunes gaillards qui aimaient plus les flippers et autres jeux de café que le grand air mais sans abuser de cigarettes, encore moins d’alcool, ces jeunes-là étaient sobre, ils buvaient des Ice-Tea et des Siwaco.
À six heures et demie, il se dit que le moment était venu de rentrer se reposer et que le petit lit d’Hélène ...

Au volant, Henri fredonne …

C'est pas facile d'avoir vingt ans,
C'est plus mêlant qu'avant;
C'est pas facile d'avoir vingt ans...
Elle a le temps, tout le temps.

En mobylette, en métro ou à pied,
Marie-Hélène traverse la société.

Il sifflote

Les trois capitaines
L´auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d´eau
Ne cherche plus, aux larmes d´Hélène
Va-t´en remplir ton seau

Moi j´ai pris la peine
De les déchausser
Les sabots d´Hélèn´

Henri gare sa Renault au bout de la rue. Toujours le même problème ! La parcage, quelle plaie ! Est-ce que l’échevin des travaux publics va enfin se décider à aménager le quartier ?
« Tiens, le tacot du photographe ? Il est par ici ? »

00:52 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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