08/12/2004

L'ara qui rit (21)

chapitre 2 (suite)

Nul n’échappe à dimanche, les administrations ne s’occupent pas de leurs administrés, les soldats sont en permission ou se lèvent plus tard, les éboueurs ont consigné leurs camions. On fait la fille chez les boulangers juste après les heures de messes et dans les cafés populaires juste avant.
Des incroyants qui ne se sont pas rasés et quelques esprits forts dorment même jusqu’à midi en une grasse matinée lourde de sens. Des sportifs se préparent presque pour le match et d’autres cherchent un tee-shirt pour s’en vêtir avant d’aller au cinéma.
Le dimanche n’est pas un jour ordinaire, la place Saint-Lambert que traverse Carter est vide. Tout le monde est sur la Batte. Et Henri, — Où est Henri ? se demande Carter — qui, venu au bureau, n’a trouvé personne à qui parler.

Henri Carter a déposé les films qu’il développera plus tard, se disant d’être prudent dans les mesures de produits chimiques et les révélateurs, la dernière bobine contenant quelques photos de Valérie dont Joëlle ne peut soupçonner l’existence.
Pourtant des pôles d’activités fébriles naissent ici et là. Farjoux à son nouveau bureau a pris note de ses consignes et déjà a distribué des tâches.
Mathilde, en longeant les maisons de la rue du Val Benoît se dit qu’elle a eu raison de ne pas prendre sa voiture. Et plus elle marche, plus son excitation monte. Rue Solvay, elle court presque sous l’impulsion d’une tension sexuelle constante et culpabilisante, comme si elle allait commettre un acte interdit.
Arrivée au terrain elle va s’asseoir sur un banc à côté de deux hommes qui fument tranquillement et de deux jeunes filles dont une avec un gros sac blanc et rouge.Des garçons parlaient à un grand gaillard en short, Blockmans.
Mathilde regarda Blockmans et se demanda pourquoi elle se sentait coupable. Je ne fais rien de mal, je le regarde.

Henri commençait à se sentir une vrille dans la tête à fixer la porte cochère, enfin Laurent Thiron parut. D’une démarche incertaine, il traversa la rue et ouvrit une petite porte en bois qui fermait un corridor entre deux maisons. Un ancien sentier sans doute qui menait à l’un des deux jardins et qui avait été oublié par le cadastre. Il pénétra dans l’étroit couloir dont il ressortit aussitôt, tenant à la main un vélomoteur. Il l’enfourcha, pédala comme un fou et démarra comme un tordu sans prendre aucunement attention à l’autobus qui dut freiner in extremis.
Après avoir manqué se faire emboutir, Laurent fonça vers le pont, la rue Grétry. Au lieu de tourner à gauche, comme Henri le pensait, le vélomotoriste se dirigea vers la droite et enfila le boulevard de Froidmont.
Henri le suivait à cinquante mètres, il avait baissé un peu le pare-soleil pour faire de l’ombre dans la Gordini. Prévoyant que l’homme allait vers le quai des Ardennes, il réduisit un peu l’espace pour ne pas être coincé au feu de signalisation.
Le jeune homme ne continua pas beaucoup plus loin, il s’arrêta à l’entrée de Chénée où il s’engouffra dans un bar.

Dans son petit appartement, Hélène rangeait ses affaires soigneusement. Elle souriait en chantonnant, elle était heureuse, se demandant si Henri était de passage ou s’il entrait dans sa vie. Elle allait lui faire plaisir de toute façon en tapant le résumé de l’enquête et en allant dire bonjour à madame Pointet.

23:14 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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