06/12/2004

L'ara qui rit (19)

chapitre 2 (suite)

Henri était une sorte de tourbillon impossible à saisir, il avait tellement vécu de vies qu’un chat serait déjà momifié avant qu’il meure. Si des Florence l’avaient quelquefois chahuté, il avait plus d’Hélène aux basques qu’ Iglesias soi-même.
Samedi, 20h30, début de nuit de fin d’automne, une rue normale à Liège, trottoirs étroits, pavés belges crachin imperméables gens pressés vieilles trottinantes lumières blafardes de néons communaux flashes répétitifs multicolores place de parking rue de Berghes la Gordini dans un créneau étroit pare choc contre pare choc c’est toi qui a la clé ? ah mais non, c’est toi qui est venu me prendre on a l’air malins on n’a pas la clé...
Des passants pressés dans le brouillard qui tombe sur la ville, deux silhouettes dans une voiture en stationnement. Buée sur les vitres.
— Arrête de frotter la vitre c’est dégoûtant et ça ne sert à rien.
— On ne va pas rester ici toute la nuit, pourquoi voulais-tu que l’on vienne absolument au bureau, y’en a marre de tes lubies, je suis secrétaire moi, pas Saint Antoine. Si t’as perdu quelque chose, c’est lui qu’il faut sonner. Et maintenant tu dis que tu n’as pas la clé, que va-t-on faire, zut alors !
— Lafontaine-Pia, dit Henri, c’est ça, Lafontaine-Pia, tu lui téléphoneras demain.
— Demain c’est dimanche, allez mets en route, on ne va pas rester ici toute la nuit.
— Lafontaine-Pia, l’Institut de surveillance du suicide, un truc financé par 804000 ou 111111 ou je ne sais quoi, je me souviens.
— Tu ne sais quoi ou tu te souviens, mets en marche, ça caille !
Henri se décida à tourner la clé et à lancer le démarreur. Le Gordini vrombit, le pot Abarth deux tubulures chromées oscilla un peu, une vis de fixation était à reposer lors du prochain passage chez Luigi, réparations, tondeuses et go karts.
Henri roulait doucement dans une ville qui passait d’une fausse nuit de fin de jour à une vrai nuit de Tchantchès.
On vit cette nuit là, de pleine lune, Valou près de l’Opéra et Pipette en route pour prendre du service à Bierset.

Dans sa petite maison de Chénée, Farjoux avait résolu de renverser sa femme au travers du lit, alors que l’émission Place Royale n’était pas encore terminée. Mathilde se rebella. Farjoux venait de recevoir son certificat d’inspecteur, de la nouvelle police, le matin même lors d’une petite cérémonie au commissariat d’Outremeuse. Il parut ravi de la résistance de sa femme, c'était un jeu nouveau.
Il en sortirait forcément vainqueur, puisqu'il était plus fort. Il lui coinça les poignets sur l’oreiller et remonta sa chemise de nuit jusqu'à la taille.
Ils luttèrent ensemble un moment puis elle ferma les yeux, son corps se couvrit de sueur. Quand sous la pression, l'acte devint inévitable, elle se surprit à imaginer que l'homme qui était sur elle était Blockmans, un joueur de football qu’elle admirait. Pourquoi lui, se demanda-t-elle. Mais c'était son visage et son corps qu'elle imaginait. Elle sentit son corps se laisser aller et fut tout humide alors que Gaspard Farjoux se plaçait en elle.
Elle en ressentit une telle excitation que son mari cessa d'exister, remplacé par Blockmans: Elle sentait la poitrine mâle du footballiste contre ses seins, le poids de l’athlète sur son corps et en elle, un homme plus lourd et plus musclé que Gaspard. Tout lui paraissait différent, inattendu, ce fut un chef d’œuvre X elle cria !
Farjoux, bien sûr, ne se douta de rien. Pour lui, la journée était le summum d’une vie, un diplôme d’inspecteur et une femme qui gueule quand on la pénètre !
Finalement il se laissa rouler sur sa moitié du lit.
Pourquoi, Blockmans se demanda Mathilde. Je ne le connais même pas.
-Mathilde, je t'aime.
Les larmes lui montèrent aux yeux. C'est probablement vrai, se dit-elle.
Elle se retourna contre le mur et lui dit de dormir.

Dimanche matin, Henri Carter s’éveille, la nuit a été longue, en planque derrière le hangar de Piedboeuf pour avoir des portraits de clarkistes matinaux.
Henri Sim roula sur Hélène, le lit était un peu étroit.
Gaspard Farjoux embrassa Mathilde.
— Tu sors un dimanche, demanda –t- elle.
— C'est le premier jour à mon nouveau poste, répondit l’inspecteur.

19:55 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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