04/12/2004

L'ara qui rit (18)

chapitre 2 (suite)

Les circonstances hasardeuses d’une vie sont déroutantes. Depuis plusieurs semaines j’essayais en vain de trouver des informations originales concernant la vague de suicides qui venait de s’abattre sur la ville et plus spécialement concernant des gens jeunes, la plupart étudiants.
Voilà que soudain, j’étais propulsé dans l’univers de deux d’entre eux par le biais d’Amadou qui est pour le moment dans ma baignoire en train de prendre un bain parfumé. Lui aussi a trouvé Florence détestable, il n’avait pas de quoi se loger, enfin sauf chez un cousin arrageois, ce qui est tout de même en Flandres, voir en Picardie, c'est-à-dire loin.
Moins loin que l’Afwique pat’on dit Amadou en me remerciant pour mon hospitalité. Amadou mange les r, il a un corps superbe, Florence n’avait pas mauvais goût et une fois étrillé et astiqué, il me pilote d’une cité à un bistro, d’un quartier pauvre à un quartier d’étudiant, d’une rue minable à un sentier à marigots, nous sommes derrière une colline d’Amay, nous allons entrer chez Madame Josette. Josette Calmant louait deux chambres dans une vieille maison de coron rénovée salle de bains dans la cave et paillasson dans l’entrée.

— Bonjou’ Mâm’ Josette, je t’amène un nouveau candidat locataiwe, dit finement Amadou en me faisant deux clins d’œil de magicien qui va sortir un lapin de son mouchoir.
Josette me détailla de haut en bas, jeta un coup d’œil sur la Gordini rangée le long du trottoir et nous faisant pénétrer dans un corridor sombre fit remarquer que la rue était à stationnement alternatif, que je m’étais garé du mauvais côté avec ma vieille voiture.
Nous pûmes cependant avancer dans le couloir qui débouchait sur une petite place chauffée par un poêle en fonte avec des parements émaillés comme on n’en fait plus depuis des lustres. Une bonne chaleur vous prenait immédiatement à la poitrine, il faisait très chaud dans la pièce tout autant qu’assez froid dans les autres locaux de la maison.

Une cafetière en tôle rouge se balançait, laissant échapper un peu de vapeur de café, un chat gris ronronnait dans un fauteuil acheté il y quinze ans chez Unigro.
— Vous prendrez un peu de café ? questionna la logeuse.
Nous ne pouvions refuser, Amadou se servit même d’une cigarette qu’il alluma sans demander quoi que ce soit. Il souffla la fumée puis dit à Madame Josette qu’il m’avait parlé de la chambre de Léopold et que cela pouvait m’intéresser, que j’étais un ami très cher de l’un de ses amis et que, enfin l’ambassade l’université le fils du ministre tout le monde me connaissait sûrement elle n’aurait pas de soucis de loyer.
— J’y compte bien, dit-elle, après le tour que Léo m’a joué, celui-là alors !
Josette était en manque de conversation, il fut assez simple de tout savoir sur Léo, Léo par ci Léo par là un bon gamin pourtant et studieux et propre, et sa demoiselle, oh charmante elle venait attention juste en tout bien vous comprenez, elle était mineure on ne peut pas louer aux mineurs.
— Nous sommes pourtant dans une maison de charbonnage, dis-je, en déposant ma tasse sur le petit plateau chinois.
Madame Josette me lança un regard aigu, me classa définitivement dans les simples d’esprits et convint que bien que « malgré que alors que enfin, il y a encore des scellés sur la porte mais, moi il faut que je vive n’est ce pas, oui, allez-y Amadou vous montrera le chemin mais ne dérangez rien, visitez à votre aise, vous verrez c’est très bien, Et le Velux donne au-dessus du jardin du voisin toujours fleuri et bien entretenu. »

Au troisième étage, porte de gauche, effectivement les scellés avaient été apposés par la police locale. Mais il était tout aussi évident que la porte avait été ouverte et que les scellés étaient placés de manière à donner le change, on voyait bien que l’on s’était introduit dans la chambre.
Celle-ci était effectivement assez spacieuse et claire, la fenêtre de toit était un grand carré qui donnait jour au dessus du coin bureau. L’angle nord était meublé d’un cosy accolé à une armoire penderie et en face une porte coulissante accordéon ouvrait sur un débarras à droite, un rideau de douche à gauche.
Des mains malhabiles avaient fouillé les affaires du jeune homme et les tiroirs avaient été bousculés. Pendant qu’Amadou laissait traîner ses mains, je tirai le rideau de la douche pour découvrir un bac carré en tôle dans lequel on avait visiblement fait une petite lessive culotte soutien gorge, je me dis que la demoiselle était sans doute plus bien qu’honneur. Une photographie d’elle, je suppose d’elle, me confirma le goût du locataire pour les petites brunettes aux jolis seins, la photo montrait tout ce qu’on ne montre qu’à son fiancé et dans l’intimité.
Je feuilletai des carnets de cours, des cahiers de notes, je conclus rapidement que j’étais ici dans la chambre normale d’un étudiant normal aux mœurs normales.
Amadou ouvrit le mini frigo en me faisant remarquer qu’il serait sans doute repris par les parents de Léopold, il ne faisait pas partie de l’inventaire locatif.
Je lui répondis que c’était sans importance, que je n’avais pas vraiment l’intention de louer. Sourire, rigolade irrépressible.
— Ya enco’e une bièwe, tu veux ? Amadou pris une canette de Siwaco qu’il but à même la boîte tandis que je disais « non, merci, je ne bois rien. »

Une heure plus tard, nous étions de retour en ville, je déposai mon nouvel ami, à sa demande, chez Chantal, une Antillaise de sa connaissance qui n’allait pas lui refuser une ou deux semaines d’hébergement.
Il me fit un grand salut une fois rendu sur le trottoir et je démarrai en trombe pour aller chez Hélène.
— Tu ne crois tout de même pas que je vais t’accompagner au bureau un samedi me dit-elle, assez froidement.
« Il n’a jamais aucune idée de ce que je ressens, pensa-t-elle. Comment est-ce que ça fonctionne, un homme comme Henri ? »

22:26 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

... On a un corps superbe quand on mange les r ?
Je veux des r :-)))

Écrit par : Hollynx | 05/12/2004

moi je sais enfin je crois
quoique si je me pose la question
c'est que je doute
et si je doute
cela pourrait vouloir dire...
que je ne sais pas ? ;))
tss je sais !
t'as pas fini de m'embrouiller ! :p

lol Hollynx

Écrit par : moi | 06/12/2004

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