01/12/2004

L'ara qui rit (17)

chapitre 2 (suite)

Quinze jours plus tard, je n'étais plus le monsieur bien élevé, respectueux des conventions sociales, charmant avec son associé et sa secrétaire, dynamique et entreprenant, assidu au travail.
Florence était une belle garce qui me bouleversait du matin au soir, finies les résolutions de réussir une enquête difficile pour atteindre la notoriété sur la place liégeoise, j’étais tombé dans les mains d’un démon dans un corps de déesse.

D’études au Sart Tilman elle avait la carte d’étudiante mais on ne pouvait pas dire qu’elle y soit assidue. En tout cas, pas depuis deux semaines. Elle avait senti qu’elle me tenait par un bon bout et son ambition était de devenir patronne, c’était clair ! Elle se voyait déjà avocate aux assises commandant un petit fouinard à son service. Carter était quant à lui vampé, autant dire qu’il ne sortait plus de sa chambre noire lorsqu’elle était au bureau.
Mais en un demi mois, nous n’y étions plus allé que quelques heures. Le niveau de mon compte en banque avait pris du plomb dans l’aile, elle trouvait la Gordini sympa mais étroite, en passant rue de la Cathédrale elle avait vu un amour de tailleur ici et dans une autre vitrine des chaussures comme ça et plus loin de ces sous-vêtements qui vont te faire craquer mon minou.
Une garce, mais je l'avais dans la peau. Elle était effroyablement belle.

Puis, alors que tout de même je marchais dans les traces de quelques uns de ces jeunes qui avaient décidés de disparaître, elle s'ingénia à exciter ma jalousie. Elle multipliait ses retards à nos rendez-vous, disparaissait certains soirs sous des prétextes mensongers à peine, déguisés. Elle finit par me faire accepter l'idée qu'elle était assez belle et excitante pour savoir comment se conduire et oser sortir seule même à Liège, qui n’est sommes toutes, dit-il, qu’un minable bourg de province crépusculaire. J’aimerais vivre à Paris, ajouta-t-elle, tu y serais bien, là-bas tu pourrais ouvrir un cabinet plus grand, je te choisirais d’autres secrétaires que cette Hélène.
J’enrageais puis soudain elle devenait câline et je me soûlais de son amour comme l'intoxiqué de sa drogue.
Sous cette douche écossaise, je finis par perdre patience et me crus bien inspiré en montrant les dents.

Le résultat fut immédiat. Elle disparut pendant trois jours et revint avec un grand noir qu’elle me présenta comme son cousin d’Afrique, tu sais, je t’en avais parlé.
Je ne sais si elle m’en avait touché mot mais sous des dehors sombre, le gaillard était très sympathique, liant, causant tant et si bien que nous parlâmes lui et moi de cette enquête qui devait me rendre célèbre.
— Mais, dit-il après un temps, moi je sais bien pourquoi Léopold et sa petite amie se sont suicidé, je les connaissais bien, j’ai même vécu un moment à côté de leur chambre.

16:51 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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