30/11/2004

L'ara qui rit (15)

chapitre 2 (suite)

Enquête sur les suicidés morts dans la région liégeoise

Les mots avaient été tracés au marqueur indélébile à grosse pointe feutre, de couleur rouge sur le carton de l’épaisse chemise déposée sur le bureau d’Hélène.

Au-dessous, une main moins soigneuse avait ajouté :

1. Collation de notes diverses et de coupures de journaux
2. Rapports de visites
3. Remarques d’investigation

Au hasard des feuillets plus ou moins bien rangés, on peut lire :

Une étude de l’Université annonce que la majorité des suicidés sont des hommes d'âge mûr qui se tuent en raison de graves problèmes de santé ou de difficultés économiques (endettement, faillite, chômage).

Il semble que le suicide ne soit plus l’apanage de l’amoureux éconduit ou du fils troublé par les amants de sa mère, écartelés entre leur passion et les exigences sociales.

Une accolade et ces mots : semble n’avoir rien de commun avec le phénomène actuel.

Article de VST (coupure partielle) : Les suicides collectifs reflètent assurément l'extrême mal-être ressenti par la jeunesse de la cité mosane. Est-il plus prononcé qu'ailleurs ? Isolés, hantés par un sentiment d'absence de sens à donner à leur vie, ces jeunes pensent à une action commune qui devient à un suicide collectif.

En exclusivité VST vous propose l’interview du jeune Dardenne : Comment j’ai échappé à la mort avec mes copains.

Une surlignure jaune fluo et un mot à l’encre verte : Idiot – fausse conversation.

Ils n'ont sans doute qu'un vague désir de mettre fin à leurs jours. Mais dans le partage de leur désespoir et de leur solitude s'impose progressivement à eux l'"évidence" de se tuer avec un ou plusieurs compagnons de détresse : pour la première fois, ils ont le sentiment de partager quelque chose, d'être entendus, d'avoir noué une relation. A deux ou à plusieurs, soulignent les psychiatres, le pas fatidique leur semble plus facile à franchir. (Extrait du journal médical bihebdomadaire : Toubib or not Toubib)

En gras dans New Détective : Notre reporter à Droixhe : les tours secrèteront-elles de nouveaux suicidés ?


Henri referma le classeur en marmonnant des imprécations à propos des écoles de secrétariat qui ne formaient sans doute que des plombiers compétents et se leva de la chaise sur laquelle Hélène allait venir déposer son postérieur. Au moins, elle n’était jamais en retard de plus d’une demi-heure.

Henri regarda sa montre, pensa au lapin blanc d’Alice ce qui lui donna une mine souciante. Florence devait arriver, Henri et elle s’étaient donné rendez-vous à l’agence après avoir quitté Maurice il y a une semaine en s’exhortant l’un l’autre à poursuivre, chacun de son côté, des recherches sur tout ce qui avait de près ou de loin pu modifier le comportement de quelques uns des « suicidés » dont on avait maintenant les noms et les adresses correctes.

Hier, Florence avait téléphoné pour dire qu’elle croyait bien avoir découvert quelque chose d’important. Henri lui avait laissé entendre que lui-même était impatient de la revoir.
Henri lui avait demandé de venir assez tôt puisqu’il avait été question d’une visite éventuelle dans une chaudronnerie.
Henri fit un petit geste de lèvres, une moue, une visite un jour de Saint-Éloi pensa-t-il... cela peut mener loin...

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27/11/2004

La remarque de l’Allemand, qui parlait parfaitement le fra

La remarque de l’Allemand, qui parlait parfaitement le français, — il venait en vacances régulièrement dans la région —, n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Plusieurs curieux trouvèrent à l’endroit désigné quelques détritus citadins, des canettes vides, trois paquets (vides aussi) de clopes qui tuent, un Vers l’Avenir chiffonné, un carton de six bouteilles décapsulées de Siwaco, dont une à moitié pleine.

D’autres curieux se rendirent à l’agence Ara où ils eurent la surprise de trouver un carton punaisé sur la porte :

Fermé ce week-end

— C’est quoi cette histoire ? demanda un skinhead qui rentrait chez lui.

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25/11/2004

— Là-bas, derrière le lampadaire !

— Là-bas, derrière le lampadaire !

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23/11/2004

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22/11/2004

L'ara qui rit (14)

chapitre 2 (suite)

La belle affaire ! Quelle idée j’ai eue là de m’avancer ainsi ! Ouvrir une officine, enquêter pour les compagnies d’assurances et filer quelques maîtresses savoureuses est du ressort de chacun qui s’en donne la peine, trouver le fil entre les suicidés liégeois et la secte, sans doute est-ce une secte, qui les pilote est une autre performance.
Henri Sim se décida de commencer ce mardi, un mardi, ça tombait bien, c’était aujourd’hui. Le mardi, c’est avant le mercredi qui lui-même est avant le Jedi cher à Luke.

L’important était de savoir où commencer, la Dauphine le tira jusque devant le Voltaire.
Le Voltaire était très correctement situé à l’angle de la rue Volders, par un heureux hasard il était fréquenté par des gendelettres, un éditeur, un romancier, deux journalistes, un éditorialiste, des profs et assistants de la faculté de philo, tous attirés par la bonne table servie par une jolie rondelette et dans la petite salle donnant sur l’impasse, quelques avocats, des commissaires des cinéastes, des jolies filles, il n’y a en avait ici jamais d’autres lui avait-on dit, celle qui était seule devant le comptoir regardait un tabouret orphelin, c’était une invitation.

Sur son perchoir, après avoir commandé un sherry dry, il risqua un coup d’œil sur de fines chevilles roses, des mollets comme on n’en voyait plus depuis que Levis avait colonisé l’Europe, deux genoux lisses, essoufflé, il dit merci au barman, leva son verre et but la moitié de son contenu.

Sans ostentation, en déposant le godet un peu plus à gauche, Henri soupira en voyant un buste à vous faire tendre les mains comme un goalkeeper plonge vers un ballon. Il était Marlowe et elle invariablement du Sud, comment n’avait-il pas vu la Cadillac dans la rue, elle devait porter des gants, fumer au travers d’un fume-cigarettes de trente centimètres.

Si Hélène avait voulu l’accompagner, il ne se serait pas retrouvé seul à midi moins cinq, il n’aurait pas remarqué la créature, il ne lui aurait pas adressé la parole et il n’aurait jamais su qu’elle préparait un doctorat, que le latin et le grec étaient ses branches préférées.

À midi quart ils devisaient attablés devant un navarin, ce qui fit sourire Henri, le commissaire Janin était juste à la table jouxte. Si elle lui avait dit qu’elle était actrice, star, shampouineuse chez l’Oréal, c’eut été pareil, son casque d’or et un petit nez comme cela, Henri gobait tout. C’était un grand naïf.
À quart avant deux, elle engloutissait voluptueusement une crème battue avec des grains de chocolat, notre détective se contenta d’un café.

Un peu avant trois heures, elle dit qu’elle connaissait quelqu’un qui avait été intime avec l’un de ces gosses suicidés, c’est malheureux tout de même cela, pourquoi en parlait-on. Oh ! histoire de causer.
A quatre heures, elle accepta un troisième pousse-café et confia que nombreux étaient ceux à la faculté qui parlaient de ces jeunes gens, on les plaignait, des enfants battus sans doute, une secte, oui pourquoi pas mais cela n’apparaissait pas clairement, oui, on pourra passer chez Maurice ce soir, et s’il n’est pas chez lui on le trouvera au Carré, un mardi, c’est comme un vendredi.

Sauf que c’est après le jeudi annonça Henri, ce qui fit faire les yeux ronds et la bouche ouverte à Florence, elle s’appelait Florence.

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21/11/2004

L'ara qui rit (13)

chapitre 2 (suite)

Les deux compères tinrent un petit conseil de guerre le soir même, Henri Sim expliqua à Henri la visite qu’il avait reçue et l’intérêt qu’il portait à cette affaire.
Déjà depuis un moment, il s’était étonné de suicides se produisant dans la région, le plus souvent des suicides de jeunes, une vraie vague qui semblait n’en faire aucune à la police fédérale où l’on paraissait se contenter de classer les apostilles et les notes de service.

Tandis que Carter préparait le café dans le percolateur, Henri téléphona à Puck pour lui raconter la visite des deux jeunes amoureux et, obtint d’elle quelques nouveaux éléments disparates.
Henri décida que l’agence Ara enquêterait sur ce sujet, ouvrirait un dossier au nom de Bayet et ne réclamerait que quelques euros symboliques d’honoraires. Découvrir une vaste opération clandestine poussant les jeunes à se suicider apporterait une telle notoriété à l’agence que l’on se verrait confier des affaires plus importantes et rémunératrices.

Henri Sim qui s’emballait fut stoppé par un plus pragmatique Henri, le photographe déclara qu’il y aurait des frais ne fut-ce que de déplacement et que les heures allaient s’accumuler mais qu’enfin, bon, tentons l’affaire conclut-il, tandis que tu te consacreras à cela, je prendrai le courant, filatures, écoutes téléphoniques, recherches de responsables en délit de fuite et autres pyromanes à la petite semaine. Je ferai bouillir la marmite, quoi, dit-il en se servant une tasse de café noir.

Huit heures trente, joliment sanglée dans une jupe de cuir et chaussée de bottes noires, Hélène vint prendre son service en plongeant les tasses et verres sales de la réunion d’hier soir dans le lave-vaisselle.
— Pas même capable de ranger leurs affaires, marmonna-t-elle en se mordant sur la joue.
Elle mâchait un Freedent chaque matin durant dix minutes pour le bien de ses gencives. Passant à côté de la machine à café, elle rajouta des doses et de l’eau, elle appuya sur l’interrupteur. La machine hoqueta, émis un sifflement vaporeux et décida de remplir sa tâche.
Elle alla s’asseoir sur la chaise qu’on lui avait trouvée, qui sait où ? un copain d’un Henri avait apporté cela, comme le reste du mobilier de bureau qu’elle avait réclamé. La chaise était de vinyle orange sale, le dossier avait perdu deux vis. Elle ouvrit une chemise de carton sur laquelle Henri avait écrit au feutre « Courrier ». Après un moment, elle se leva pour se servir de café et jeter son chewing-gum.

Henri Sim entra à cet instant, s’essuya les pieds sur le torchon et fut salué par Fabian qui lança son cri devenu célèbre jusque dans le voisinage, suivi de l’air des bijoux.
— Fabian, tais-toi, gronda Henri.
Hélène ne dit rien, regardant sous ses cils recourbés cet idiot de perroquet. Belle initiative qu’avait eu là l’Henri photographe d’apporter cet oiseau de malheur, il ne chantait que pour les messieurs, transsexuel va ! Fabian, en plus ! L’oiseau équatorial avait été baptisé en grande pompe la semaine dernière, comme personne ne lui trouvait de nom et qu’Henri ne voulait pas entendre parler du traditionnel Coco, chacun avait murmuré : L’ara, un nom pour l’ara, Fabian s’était imposé assez naturellement.

Henri s’énerva à propos du café :
— Mon p’tit il est dégueu ! affirma-t-il.
Hélène s’activa sur l’Olivetti aux touches presque effacée, se pencha vers l’imprimante, rangea trois document sur l’étagère.
— Cesse de faire du vent, écoute.
Elle s’assit, croisa les jambes et fit mine d’une attention soutenue.
— Sérieux, dit Henri, écoute et prends des notes. Tu connais encore la sténo, tout de même ?
— La sténo ?
Hélène parlait bas. Elle écouta Henri expliquer que l’agence allait ouvrir un dossier secret, qu’on ne devait en parler à personne.
— Prends une chemise et note Bayet. Tu y collationneras tout ce qui concerne les suicides de jeunes.
— Les suicides de jeunes ? dit-elle ouvrant de grands yeux candides.

© Casterman  
Henri opina de la tête et lui recommanda le plus grand silence surtout si Maigret ou Farjoux se pointaient. Maigret et Farjoux étaient les surnoms des deux policiers de quartier (on disait aujourd’hui de la brigade de proximité) qui passaient désormais régulièrement boire un café. La présence d’Hélène n’y était pas pour rien. Avant son engagement, les deux policiers se contentaient d’un petit péquet le vendredi en fin de service. Il ne fallait rien leur dire mais il fallait les laisser venir, ces deux Dupondt apportaient avec leurs souliers à clous des informations intéressantes.

Il y avait eu l’affaire sur la route de Visé : là, les policiers avaient été alertés par un appel les informant de l'imminence d'un suicide collectif à bord d'une voiture circulant en direction de Maastricht. L'appel n'avait rien d'une plaisanterie, la direction indiquée étant celle régulièrement prise par des drogués en manque.
La nuit est tombée, inutile d'envoyer l’hélicoptère provincial. Des unités mobiles, en contact avec la police fédérale se lancent sur les traces de la voiture mystère. La recherche ne dure guère. Un deuxième appel téléphonique anonyme émis de la cabine se trouvant à l’angle des Chiroux a été réceptionné, indiquant où se rendre. Quand les policiers arriveront sur les lieux, un genre de bus rouge est immobilisé sur le bas côté. Il est trop tard.
Dans le véhicule les policiers découvrent sept cadavres. La presse n’avait pas été mise au courant d’un détail étonnant : les quatre garçons et les trois filles s’étaient ligotés les uns aux autres. Ils ont une vingtaine d'années tous. Un désastre.
Puck avait appris la chose et l’avait dite à Henri. Hélène le nota soigneusement comme le résumé des autres affaires similaires.
Quelques jours plus tard, deux jeunes femmes, âgées de 21 et 27 ans, se sont suicidées à Angleur. Elles semblent avoir fréquenté les bistrots estudiantins peu avant de prendre leur décision, en tout cas, un garçon de la faculté des sciences avait affirmé les avoir rencontrées le jour avant, elles n’étaient pas spécialement dépressives mais il lui semble bien qu’elles avaient parlé de commettre un grand acte ensemble qui allait étonner.
Elles avaient laissé un mot à leur famille, une simple lettre pour dire au revoir et affirmer qu’elles disparaissaient de leur plein gré.
Depuis lors, des cas que la police qualifie d’isolés se sont produits, neuf en comptant les deux Ansois, neuf personnes dont l'acte de mourir, choix intime, est devenu un événement qui s’est inscrit durant un jour ou deux à la une de la Gazette. A la Dépêche, on se contenta de citer les noms et de dire que deux d’entre eux étaient des mineurs d’âge.
Si la police ne le disait pas, Henri l’affirmait, il y avait là un lien, quoi, une secte peut-être, était-on devant des actes rituels ? La police a découvert qu'une victime de Flémalle avait tenté, précédemment, de se donner la mort avec une suicidée de Blégny. Dans tous les cas, la détermination froide des jeunes a laissé les enquêteurs aussi incrédules que leurs familles.

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20/11/2004

L'ara qui rit (12)

chapitre 2 (suite)

Ils avaient l’air de deux amoureux de Peynet, il était pâle, elle était rose. Leur entrée fut saluée d’un cri perçant suivant d’une série de sifflements.

— Je ris de me voir si belle en ce miroir ?
— Très juste, Monsieur, très juste dit la dame assise à un petit bureau de coin. Il ne connaît d’ailleurs rien d’autre. Se retournant, elle donna une arachide à l’ara.
— Que puis-je pour vous ? enchaîna dynamiquement Hélène, nouvellement en service à l’agence ARA.
— Nous aurions voulu voir Monsieur Sim, dit le jeune homme en tournant un peu son écharpe dans ses mains.
— Ou Monsieur Boisson, acheva la demoiselle en tirant sur son pull pour le descendre plus bas que le nombril, ce qu’il refusait obstinément de faire.
— Et c’est de la part de ?
— Guy Bayet. Bé A I grec e té Guy, c’est à cause Jean-Pierre.

Hélène suça le bout gommé du crayon et annonça qu’il n’y avait pas de Monsieur Boisson.

— Madame alors, déclara le jeune fille.
— Madame ? s’étonna Hélène, puis elle sourit ajouta non non, il n’y a ni Madame ni Monsieur Boisson, c’est une erreur, il y a Monsieur Carter qui ne peut pas vous recevoir.
— Ah
— Il est en tournée, mais si vous laissez votre adresse, Monsieur Sim pourra peut-être voir ce qu’il peut faire pour votre Jean-Pierre. C’est votre fils ?

Les deux jeunes gens se regardèrent ahuris.
— Je vois que non, dit Hélène. Je suis la secrétaire de Monsieur Sim. Et aussi celle de Monsieur Carter, expliquez-moi, je vous dirai si un rendez-vous est probable, mais, il y aura une fiche à remplir.
— Oui, oui oui, murmura Marie-Jo.
— Eh bien ?
— Voilà, dit Guy Bayet, j’ai reçu ce matin, enfin hier, une lettre, un courrier de mon ami Jean-Pierre Binche, de Montpellier.
— De Binche ou de Montpellier, il faut savoir, dit la secrétaire, attentive.
— Non, Binche est son nom, il est d’ici mais poursuit ses études à Montpellier.
— Il les rattrape ?
— … ?
— Continuez donc, je note le nom, il s’agit en conséquence d’enquêter sur Monsieur Jean-Pierre Binche qui aurait disparu à Montpellier.
— Pas du tout, mais je crois qu’il est mort.
— Mort ?
— Je me demande bien si nous sommes à la bonne adresse murmura Marie-Jo à l’oreille de Guy.

Sur la chaussée voisine, les bagnoles éclaboussées de reflets d’enseignes allaient de leur petit ballet de fin de journée syndicale.
Henri rangea soigneusement la Dauphine Gordini d’occasion qu’il venait d’aller acheter chez Georges, un ferrailleur connu. En deux pas, sans même être mouillé, il se trouva devant l’agence, il regarda amoureusement la plaque soigneusement sidolée et entra.
Craaac !

— Ah je ris de me voir si belle en ce miroir.... siffla l’oiseau d’Afrique, héritage de l’ancien colonial de la famille Carter.
— Bonjour Hélène, bonjour Madame Monsieur.
— ‘Jour patron, dit Hélène.
— On s’occupe de vous demanda aimablement Henri au couple qui se dandinait.
— Leur copain Montpelliérain est mort, déclara Hélène.
— Mes condoléances, dit Henri.

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19/11/2004

L'ara qui rit (11)

chapitre 2

Guy s’était éveillé comme d’habitude vers six heures moins dix. Il n’avait pas besoin de réveille-matin et de toutes manières, la radio de madame Florensac y faisait office, elle se mettait à brailler chaque jour de l’année à six heures moins le quart. Elle avait reçu un radio-réveil de ses neveux il y a deux ans, à la Noël.

Tout un ballet était organisé autour de la salle de bains, petite mais pratique, du logement des Bayet. L’automatisme des appareils ménagers actuels y était pour beaucoup, le café s’était déjà écoulé dans la cafetière en verre, l’eau sanitaire avait chauffé dans le Bulex, le père descendait l’escalier, chaussait ses boots, décrochait la laisse de Blacky, père et chien s’élançaient dans le jour naissant. Guy buvait une tasse de café en rangeant ses fardes de cours, Mélanie Bayet, sa maman occupait la première la salle d’eaux.

À l’aérosol diffusé, on savait qu’elle avait terminé sa toilette et se rendait à la cuisine pour mettre la table du petit déjeuner. Guy s’activait alors rasage brossage des dents et des cheveux petit frottis sous les aisselles, où sont mes chaussettes, Man ! T’as pas vu mes chaussettes ? La porte d’en bas claquait, l’homme et le chien étaient de retour.

— Essuie-lui les pattes, disait Mélanie.
— Il va faire beau, disait invariablement Bobby. Quel dommage d’aller à l’usine.

Personne ne répondait jamais, Bobby se glissait sur un tabouret acheté chez Mutibois, six pour le prix de quatre, une affaire. Le chien se glissait contre le vieux canapé, Guy se servait une autre tasse, Mélanie arrivait en trottinant avec le beurre. On ne rangeait pas le beurre dans l’armoire frigorifique, il n’est plus tartinable alors, disait-elle. Elle avait reçu d’une tante un pot rectangulaire en grès dans lequel se trouvait un parallélépipède de verre plus étroit. Entre les deux, on mettait de l’eau fraîche. Après avoir été enlevé de son emballage de papier, le beurre était déposé dans le récipient de verre.

— Hier, dit-elle à son fils, il y avait une lettre pour toi, je l’avais déposée sur le plateau, là sur le meuble, près de la télévision, tu ne l’as pas prise.
— Merci M’man.

En sortant Guy s’empara de la lettre, la retourna, il n’y avait pas d’adresse au verso mais l’écriture devant était celle de Jean-Pierre, un ancien de la fac qui était parti étudier à Montpellier. Le cachet de la poste était d’il y a cinq jours, il décacheta et tira de l’enveloppe une feuille rapidement arrachée d’un bloc d’étudiant.

Il y a avant le suicide des minutes inoubliables. Cette décision de se savoir l’auteur de sa propre mort est effrayante et magnifique. Terrorisante sans doute pour les faibles, exaltantes pour ceux qui osent prendre leur destinée en main.
On sait ce qui va se passer, on ne sait rien de ce qui se passera après.
Cher Guy, je vais savoir si ce dieu existe ou si la religion n’est qu’un mensonge de plus.
Je pense à mon père, à ma mère, à toi qui fut mon ami.

Adieu.

C’est pas croyable, cela, se dit Guy en montant dans le bus qui le menait au Sart Tilman.

Le jeune étudiant passa une matinée épouvantable, il venait de comprendre que son ami allait ou s’était suicidé. Il se rappela vaguement avoir lu dans la Gazette du Valeureux Liégeois plusieurs fois des faits divers concernant des suicides de jeunes gens.

À midi moins le quart, il quitta l’amphithéâtre, marcha rapidement vers la route du Condroz, il fallait qu’il en parle à quelqu’un, il y avait un petit café où se réunissaient volontiers les étudiants avant de redescendre en ville.
Il poussa la porte, entra dans l’opaque brouillard créé par la bande de fumeurs invétérés qui se réunissaient là, il chemina vers la deuxième salle, poussant les uns, contournant en saluant les autres. Sur la banquette à côté du flipper, Marie-Jo lisait tranquillement des notes de cours.

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17/11/2004

L'ara qui rit (10)

chapitre 1 (fin)

Henri Sim l’aurait juré, madame Michu n’avait jamais le temps d’aller à la graineterie et Henri Carter ne voyait pas comment avec le Yashica et le Leica en bandoulière il allait pouvoir faire les courses.
Henri était donc corvée tournesol et autres millet, pistaches et quoi encore, il s’était fait rembarrer à coup de latte en proposant du persil.

La rue n’était qu’une ruelle, presque une impasse, interdite aux voitures. Plutôt une vieille cour que l’on avait carrossée un moment. On y trouvait un chocolatier en déconfiture, un imprimeur, une entrée précédée d’une plaque émaillée annonçant un marchand de vin, à droite, un cagibi de menuisier ébéniste, trois ou quatre entrées particulières et, entre une belle double vitrine de bois ouvragé, une grand porte vitrée sur laquelle étaient gravés : Lavoisier et fils, droguistes.
Derrière les vitres s’étageaient des sacs de jute mi-ouverts contenant des graines et des poudres. Un moment quelqu’un avait dû ranger les objets pour le chaland mais, le temps passe, on ôte ceci, on redépose cela, des cartons, des flacons, des bidons. En poussant la porte, on apercevait directement sur sa droite un mur couvert de tiroirs devant lequel un comptoir cachait un petit homme en cache-poussière gris. Un panneau disait que la nourriture composée pour pigeons de concours était « en réclame ».
Au dessus du comptoir, il y avait une ampoule électrique diffusant une mauvaise lumière mais on sentait bien que l’homme n’avait besoin d’aucun point de repère, il savait où toutes les choses de ce désordre se trouvaient. En face de lui, l’autre partie du magasin ressemblait à la fois à une quincaillerie du siècle dernier et à une brocante où l’on ne manquerait pas trouver, en y cherchant un peu, un requin de Tournesol, une jante de jeep Willys, une TSF super hétérodyne, un cliquet de guindeau de proue de péniche, un loquet d’armoire normande, une poêle à frire usagée, quelques rouleaux du chauffe-bigoudis Hotkrol ™.

Le préposé, derrière le meuble, marmonna quelque chose qui pouvait être un mot de bienvenue.
— Bonjour. Je cherche de la nourriture pour notre perroquet, dit Henri.
— Quel âge a-t-il ?
— Je n’en sais fichtre rien, est-ce important ?
— Pas du tout. C’était manière de dire.
— Alors, vous pouvez me proposer quelque chose.
— Eh bien, je suppose à votre air interrogatif que vous n’avez aucune notion de ce que mange votre psittacidé dit l’homme, baissant un peu la tête, déjà à la recherche de quelques éléments qui pourraient convenir, sans doute. Il avait un accent indéfinissable, un émigré polonais ou fils de slave d’il y a longtemps ? Il se mit à remuer sous la table, en revint avec des poids en cuivre qu’il déposa sur le plateau d’une antique balance. Dans la coupelle cuivrée de l’autre côté, il laissa glisser plusieurs louches de différentes sortes de graines qu’il me conseilla de mélanger, quatre-vingt grammes par jours suffisent amplement, donnez lui une carotte à ronger.

Il me pesa un kilo et demi de sa préparation et allait me rendre la monnaie lorsque la porte s’ouvrit sur ma gauche.
— Monsieur Sim !
— Eh, quelle surprise, Monsieur Denis !
— J’achève de servir Monsieur et je vous remets votre colis, Monsieur, il est préparé déjà, ajouta le préposé en poussant devant lui sur le comptoir un carton sur lequel on avait apposé une étiquette : Sowico, répulsif.

— Ah ! C’est pour un perroquet, je vois, dit Hector Denis en pointant du doigt le paquet que Henri allait prendre. Les uns soignent, les autres chassent et c’est toujours le vendeur qui fait profit ! Nous, nous sommes de bons clients, nous sommes envahis de pigeons, cela souille nos appuis de fenêtre et les cours, nous essayons de les faire fuir, on a déjà tout tenté, le souffre, les plastiques à pointe de chez Dimos, les ultrasons... rien n’y faisait, je crois que nous avons plus de chance avec la potion magique de monsieur Wrotloya. Excusez-moi si je massacre votre nom, je ne sais jamais comment cela se prononce.
— Lavoisier ? dit Henri.
— Oh non, les Lavoisier, je ne les ai même pas connus, annonça Monsieur Hector Denis, ils étaient ici avant guerre et ils ont disparu durant l’occupation, personne n’a su au juste ce qui leur était arrivé. Monsieur Willoya s’est installé au but des années cinquante, n’est ce pas Monsieur Wononnya.
— On ne saura jamais, Monsieur Denis, le notaire nous a bien dit que le bien était encore sous séquestre nous lui payons mon frère et moi un loyer depuis lors... mais nous n’avons de nouvelles de personne...

Henri serait resté longtemps encore si soudain quatre heures n’avaient sonné au clocher voisin.

— Il faut que je me presse dit Monsieur Denis.

Chacun s’éloigna de son côté après s’être mutuellement et fort civilement salué.


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16/11/2004

L'ara qui rit (9)

chapitre 1 (suite)

On aurait pu croire qu’Henri passait sa vie de restaurants en cafés, ce n’aurait été qu’une vision tronquée de sa vie de cette époque-là.

La rencontre avec Puck, reporter, lui avait donné des idées qu’il avait provisoirement dû ranger, plusieurs appels téléphoniques ayant démontré l’efficacité de la publicité dans le petit journal gratuit du quartier.

Il avait fallu retrouver un chat perdu, faire rembourser un ticket de chemin de fer retour non utilisé, rendre un colis mal distribué et suivre durant quelques jours une affolée des gambettes que son mari soupçonnait, à tort, de les écarter pour les beaux yeux d’un bellâtre.

Il y eut également une mission menée à bien de concert avec Henri Carter, l’action se déroula dans le Carré, un moment on aurait pu confondre l’ambiance du Sweet Bunnies avec celle du Gai-Moulin aux banquettes de velours grenat, aux entraîneuses aux épaules nues qui relèvent leur robe pour tendre leurs bas, ses quatre musiciens de jazz-band et dont une porte latérale s'ouvre sur la rue Pot-d'Or interdite aux militaires et aux ecclésiastiques.


Une autre recherche fut commandée par un Ferdinand Deblauwe, un journaliste ami de Puck. Cela mit un peu de beurre dans les épinards et permit de payer un premier loyer, les gages de madame Michu, de passer une petite annonce pour engager une secrétaire qui à l’instar d’une Della Street pourrait prendre le téléphone, accepter de ne recevoir son salaire que si le chèque du client était couvert et faire un bon café le matin, et toutes choses que les deux amis refusaient de faire et qui pourtant étaient indispensables.

L’agence ARA avait désormais pignon sur rue. Et Coco, l’ara hérité était soigné aux petits oignons. Il préférait les graines de tournesol, Madame Michu avait signalé un grainetier sympathique tenant boutique à trois rues d’ici.

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15/11/2004

L'ara qui rit (8)

chapitre 1 (suite)

Un perroquet comme mascotte, cela tombait bien, à pic aurait dit Mirandole en un temps où les gameboys n’avaient pas remplacé l’érudition. Tout de même, si Henri souriait à la coïncidence troublante (l’agence s’appelait ARA pour le téléphone, télex et le mail, un nom court commençant par A et qui d’ailleurs avait une signification péremptoire : Agence de Recherches Actives – c’était la raison sociale, la raison d’être peut-on dire de cette association).

On ne pouvait pas vraiment dire qu’il pleuvait, tout était mouillé simplement. Henri marchait d’un bon pas, il longea les murs de Sainte-Catherine, tournant autour d’un tas de gravas. Qu’allait-on encore construire ou détruire ici, le pont des Arches ne pouvait-il enfin respirer un peu à son rythme ? Henri accéléra, il avait rendez-vous du côté des puces dans un restaurant franco-belge, tenu par un ancien harki. S’encadrant dans le miroir vitrine d’une pharmacie, il ralentit un peu le pas pour prendre connaissance de son aspect. Il se demanda s’il se serait salué s’il s’était rencontré, se savoir grand et un peu lourd ne lui apprenait pas grand-chose de neuf, il décida que l’humidité n’avait pas défait – tout à fait, sa bonne tenue et que l’écharpe aux couleurs du Standard, signe de ralliement convenu, lui rendait de belles couleurs.

Il se demanda si le rendez-vous était un homme ou une femme. Au journal, lorsqu’il avait demandé Puck, on lui avait répondu que cette personne n’était jamais là où on la croyait, qu’il y avait de bonnes chances de la trouver chez « Le 2 Rima » sur le coup de midi, si elle était à Liège, qu’elle acceptait de parler à tout ceux qui portaient les couleurs du club de football de Sclessin. L’aimable standardiste ayant raccroché, Henri n’avait pu s’enquérir de plus de détails sur « la » personne qui signait des faits divers et des textes politiques dans le quotidien. Une Peugeot vint se ranger le long de la bordure et Henri regarda en contre-jour le tendre intérieur d’une jeune dame en jupe vert clair qui en descendait par rotation sur le beau siège de cuir fauve.

L’Aspro clignotant le ramena à d’autres pensées, il continua son chemin.

Le « 2 Rima » ne payait pas de mine, on pouvait comprendre que la légion l’ait remplacé dans le Sersou. À l’entrée, un tableau noir barbouillé de traces de craie annonçait crûment : Le 2 Rima, aujourd’hui pieds de porc Saint-Pholien.

Il y avait une dizaine de tables dont le formica était recouvert d’une nappe de papier, certaines gardant des traces roses de culs de bouteilles. Le papier manquait s’envoler sur les tables rondes près de l’entrée, les nappes n’y conservait qu’un fragile équilibre autour de cendriers Berger, onze heures, l’heure du Berger, ailleurs Lotto ou encore inévitable ici depuis la campagne de publicité menée l’été dernier, le Siwico, une boisson jeune !

Une dame, demoiselle plutôt, si l’on peut dire, question âge, s’approcha d’Henri, s’enquit de lui, mais ne conçut pas l’amabilité jusqu’à prendre chapeau et imperméable pour les ranger au vestiaire. Coup d’œil en rond, il n’était que midi moins dix, il n’y avait pas encore de dîneurs mais au bar trois quidams en conversation, à une table de coin, une dame indéfinissable aux boucles flamboyantes et au cou ceint d’une splendide écharpe rouge et blanc.

Henri s’approcha, Puck leva les yeux, « Je vous attendais dit-elle ! »
— Par quel hasard ?
— Oh ! Par le téléphone qui fonctionne toujours, cordon ombilical, Maud me dit tout ce qui se passe à la rédaction, à la réception, les appels entrants pour moi, tout, d’ailleurs elle se mêle de tout, à cause d’elle, j’ai été obligé de mentir plusieurs fois à mes fiancés.

Henri pensa que les choses se déroulaient favorablement, lorsque déjà on est intime avec la dame au point qu’elle vous parle de ses fiancés, il est à croire qu’elle sera aussi bavarde de ce qui vous intéresse, vous.

Puck repoussa une pile de journaux et sans détours demanda :

— Que voulez-vous savoir ? J’ai déjà tout écrit sur la faune politique mosane, sur la corruption au Val Saint-Lambert, sur les pots de vin à Chaudfontaine, sur les dessous du parti communiste, sur Dehousse en son temps, j’ai écrit sur tout le monde, je n’ai que des ennemis, je ne peux guère en dire plus. Prenez le menu si vous n’aimez pas les pieds de porc, en plus du plat du jour, il y a une carte. Vous aimez le vin ?

— Selim ! hurla-t-elle, une bouteille de Sidi Brahim pour mon invité.

Le menu était un carton jaune taché de sauce, on n’avait guère envie de le parcourir. À Selim qui apportait la boisson, Henri confia son désir de ragoût, c’est ça redit-il donnez-moi du ragoût. Puck se contenta d’un croque monsieur, je ne peux plus manger trop le midi assura-t-elle, sinon je m’endors et à la boîte ils ne veulent plus me payer mes notes de frais si cela dépasse la petite centaine.

Henri pensa que le vin devait aider à la somnolence plus que le coût du repas, il n’en dit rien, regardant passer une serveuse qu’il n’avait pas encore aperçue. Tout à coup, les tables s’étaient peuplées. La fille, longue et sale repassa vers la cuisine tenant un plat de haricots.

De la table voisine, une réflexion le fit sourire : « J’aime autant vous dire qu’il est poivré le ragoût. Mais vous vous y habituerez, comme à tout ici. Vous êtes nouveau dans le quartier Monsieur ... Monsieur... ? »

— Sim, Henri Sim.
— Hector, Hector Denis, je suis le délégué syndical de la Siwico, nous avons acheté un bâtiment dans la rue voisine, entièrement rénové, bonne ambiance, mais il n’y a pas encore de cantine, ce n’est prévu que pour l’année prochaine. Ils ont déjà tant investi, n’est-ce pas ?

À l’arrivée du ragoût et de la tartine fromage jambon, la conversation s’éteignit.

Le vin était gouleyant.

— Alors, il est bon n’est ce pas ! Du vin de bouniouls disait-on il y a vingt ans, ils ont fait leur chemin, ça vaut un solide Bordeaux.

Henri n’en fut pas convaincu, repris un pour goûter, même deux verres, cela se buvait. C’était bon.

Repoussant son assiette, Henri se déclara satisfait du repas, très bon dit-il et salua son voisin qui quittait. Nous recommençons à une heure dix précise, dit-il, au revoir.

— Vous avez écrit plusieurs articles concernant des faits divers étranges, des suicides collectifs qui se sont déroulés dernièrement dans des conditions insolites, anormales, n’est-ce pas ?
— Oui, répondit Puck, j’ai suivi ces découvertes, j’ai même vu les corps lors de l’affaire qui a eu lieu à Ans.
— J’aimerais avoir votre idée concernant le lien possible de toutes ces affaires.
— Je ne sais pas, je n’ai rien de précis et pour le moment l’actualité est pressante par ailleurs, vous savez comment sont les rédacteurs en chef, mais si vous croyez qu’il y a anguille sous roche, pourquoi vous y intéressez-vous, vous-même.
— Eh bien, nous venons, mon ami et moi, d’ouvrir une agence de renseignements, une officine privée, il n’y a pas de honte à dire que nous recherchons un peu de notoriété, cela nous aiderait, nous apporterait sans doute une clientèle, une référence dans l’actualité, voyez-vous.
— Je vous trouve sympathique, tiens, je n’ai pas quelque chose de tangible à vous offrir, mais il y a une dame qui a relevé des anomalies dans la conduite de son fils, l’un des suicidés d’il y a trois mois. Elle a voulu dire des choses au commissaire qui l’a renvoyée dans ses foyers, il est vrai qu’avec les nouvelles missions dont la police locale est chargée, je ne vois pas quand il pourrait s’occuper d’une quelconque enquête, savez-vous qu’ils doivent remplir un formulaire pour justifier chacun de leur déplacement, maintenant et que l’usage de la sirène n’est plus autorisé sauf en cas de retard pour la réunion de contrôle.

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13/11/2004

L'ara qui rit (7)

chapitre 1 (suite)

En peu de temps, environ dix-sept jours, le téléphone fut installé, le minitel interdit (H.C-B en ayant choisi un rose) l’eau courante calcaire de robinets en robinets, l’aélé mit même à notre disposition un câble qui faisait télévision Internet et lien pour soutenir un pot de fleurs risquant s’écraser sur le parquet nouvellement collé.

Nous avions trouvé une brave dame de l’immeuble voisin qui acceptait de venir trois fois par semaine vider les cendriers et remplacer le savon du petit lave-mains de la toilette, j’avais choisi le bureau du fond, une porte vitrée sur le couloir, une fenêtre sur la Meuse, je pouvais m’issuer en cas de pétard et autres divorcés récalcitrants.

Henri le photographe avait installé un gourbi du côté jardin avec une pièce ancien placard devenu labo, il allait pouvoir développer, agrandir, relooker mater, surbrillancer et même inviter sa poétesse de copine pour passer l’après-midi, je connaissais le lascar !

Nous n’attendions plus que le client.
C’est pas tout de se sentir principautaire, faut vivre, tout le monde ne s’appelle pas Albert.

© Tillieux 1957  
Ainsi donc, nous devisions Henri et moi de choses importantes pour notre collaboration : tu les préfères blondes, que penses-tu de Chez Henri, petit bar-resto à Uccle, quand prends-tu tes vacances... ?

« Ding dong »

Le carillon de la porte d’entrée, un client.
Une cliente.

— Entrez chère madame, un instant, nous allons vous recevoir, un moment, je termine ce dossier.

J’ouvre et referme un dossier qui ne contient qu’une liasse de Rappel qui est un journal local.

— Que peut-on pour vous ? demandai-je à la magnifique personne qui me faisait face.
— Eh bien, dit-elle, c’est pour une enquête, voulez-vous répondre à ce questionnaire, vous n’avez rien contre les étudiants n’est-ce pas ?

J’avais en la regardant de moins en moins contre les étudiants, j’aurais même été plutôt contre, close up aurait dit Sherlock qui parlait, j’imagine l’anglais comme vous et moi.

Une demi-heure plus tard, la demoiselle ayant quitté son siège, une de ces chaises dessinées par Franquin, trois pieds instables et votre fondement enfoui dans une impossible position d’équilibre, Henri furibard m’apostrophe :
— Eh bien, presque une heure pour évacuer une importune, on n’est pas prêt de faire fortune, tu penses aux coups de fils ratés ?
— Ratés ?
— M’enfin, regarde, ton coude a bousculé l’appareil, le combiné est décroché.
— J’ai mon portable, un client peut m’atteindre sur mon portable tu n’as pas mon numéro ?
— Moi si, le client non, toute notre publicité affiche le numéro du fixe.
— Bien mon général, répondis-je en verve, nous engagerons une téléphoniste !
— On n’a encore rien gagné.

Mon nouvel associé serait-il avare ?

— A propos dit-il (de quoi, pensai-je ?) il faudra tout de même prévoir une cage.
— Une cage ? On va faire des prisonniers ?
— J’ai hérité d’un vieil ara.
— Un vieillard comment ?
— Ara.
— Ara ?
— Ara, ara. Grand perroquet d’Amérique du Sud de la famille des psittacidés, remarquable par ses couleurs vives et sa longue queue.
— C’est comme moi, dis-je enjoué … mais que va-t-on en faire ?
— Ce sera notre mascotte.

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12/11/2004

L'ara qui rit (6)

chapitre 1 (suite)

Avant que le compère de Boileau, Thomas Narcejac et que Pol Vandromme en parlent, peu de gens connaissaient Georges Sim, il convient de lever le voile, Henri Sim n’est pas de la famille, il ne peut y avoir de confusions nominatives malgré la coïncidence évidente : il y a une unité de lieu qui n’échappe pas, on ne peut s’enfuir de chez soi, je me serais appelé Faulkner et j’aurais logé face à un salesman de Cadillac que la faute n’en n’incomberait qu’à mes parents. Respectant leur anonymat voulu, (papa est comptable en noir et maman fait des ménages rue Hayenneux chez d’anciens rupins du hasard) je peux tout de même dire que je suis né au 81 du boulevard de la Constitution.

J’ai fait des études, qui n’en fait pas de nos jours ? à l’école communale puis chez des jésuites à Carlsbourg où tous les mâles de ma famille étaient obligés de décliner rosa, des cousins se sont expatriés, j’ai avancé mon engagement, para cela me semblait intéressant, cela n’a été que déplorable, les armées européennes volant de défaites en défaites. Une aventure américaine, une africaine, une eurasienne, le temps passe, comme le temps passe, on ne voit pas les enfants grandir.

Des habitudes de discrétion.

Un flash mal dirigé dans une galerie commerçante, un loubard en cuir avec Rolleiflex, presque chauve tenu par la cravate. En réalité un polo bon marché fabriqué en Thaïlande. Surprise :
— Henri !
— Henri !
— Des années qu’on ne s’est vu. Pourquoi t’as tiré mon portrait. Qu’est-ce que tu deviens ?

Pousse-toi sur la chaise du snack.

— Une aventure américaine, une japonaise, une australienne.

Des habitudes de recherche, de mise en page, de recoupement.

Six mois plus tard, les deux compères Henri Sim et Henri Carter-Bisson sont devant le pas de porte.
Henri Sim souffle un peu de buée sur la plaque cuivrée, gravée, il frotte de son mouchoir, cela brille, c’est beau.

Henri SIM & Henri CARTER-BOISSON
Filatures, reportages, enquêtes.

— Nom d’une pipe en bois !
— Tonnerre de Brest !
— Le con !

Bien entendu, les Henri’s exprimaient vertement leur mécontentement au vu du O extravagant gravé pour l’éternité dans le bronze.

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11/11/2004

L'ara qui rit (5)

chapitre 1 (suite)

— Bonjour Henri, tu vas bien ?
— Et toi Henri ? Tu vas bien.

Et les deux compères de rire, ce qui n’était pas une affaire discrète quand on connaissait Henri Sim, près de cent kilos de muscles sous un feutre mou. Quand Henri expectorait, une vague glissait jusqu’au pont de l’Atlas.

Le pont de l’Atlas V

Henri Carter-Bisson (du nom de son épouse dont la famille avait des biens et un compte au Luxembourg), était venu déposer ses cinquante ans sur la banquette, il rangea son rire, souffla un moment.

— Eh bien, dit-il, je crois que j’ai l’affaire, d’ailleurs, j’ai déjà signé le bail.
— Comment çà, à quel nom ? Tu vas vite en besogne.
— Tu avais dit « On ouvre le six », je suis dans les temps, un moment pour passer chez Ikéa, une semaine pour tapisser à notre goût, installer le labo, les appareils de communication, visser une belle plaque en cuivre, L’Ara qui rit , agence privée, filatures, reportages, enquêtes, des professionnels à votre service ! Les cartes de visite sont à l’impression, les factures d’honoraires peuvent se compléter avec ton Mont Blanc. Nous serons à la Saint-Nicolas, quelle meilleure date pour commencer ?
— Tu manges un bout ?
— Pour sûr.
Henri demanda au garçon « C’est quoi le plat du jour ? »
— Paupiettes, M’sieu Henri, extra avec un petit vin blanc de Loire, juste ce qu’il faut pour savourer la viande et la sauce.
— Deux fois, et la bouteille.

Sim et son ami, photographe, ancien correspondant de guerre à la Rafale, dégustaient un petit café serré pour terminer leur repas.

— Tu as vu ? demanda Henri en poussant la Nouvelle Gazette sous les yeux de Carter.

"C'est ce que nous avions décidé. Ne cherchez pas d'autres raisons", dit un message retrouvé par la police dans l’appartement de deux étudiantes disparues à Boncelles.

— Et ici, montre encore Henri, sur une page pliée du « Vers l’Avenir » ...

Carter-Bisson prend son temps, touille dans sa tasse vide, toussote, hum... Il parcourt des yeux l’article surligné en vert :

Plusieurs affaires ne semblant pas liées, s'inscrivent dans une suite de suicides collectifs de jeunes étudiants, la plupart sont ou ont été élèves de l’Université.
Notre reporter Puck a ainsi relevé qu’une trentaine de jeunes gens, garçons et filles, se sont ainsi donné la mort en 2003 et une vingtaine depuis le début de cette année. Le phénomène n'est pas propre à la région : il semble se développer également en Brabant Hollandais, entre Eindhoven et Maastricht.

Mmm, marmonne Carter, voilà peut-être quelque chose à nous mettre sous la dent. Je vais aller voir ce Puck, son bureau n’est pas loin, heureusement, continua-t-il en regardant les passants se dépêcher. Il venait de commencer à pleuvoir.

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10/11/2004

L'ara qui rit (4)

chapitre 1 (suite)


Maigret devait faire un effort pour ne pas sourire, car c’était bien la première fois que la timide Madame Maigret se mêlait d’une enquête, sans doute la première fois aussi qu’elle pénétrait dans une boutique de modiste du quartier de l’Opéra.

Henri referma le roman qu’il était en train de lire, il reprit un peu de café et se tourna vers le quidam qui venait de pousser la porte du Henri’s bar.

— Bonjour, salua le bonhomme à la ronde.

Henri hocha la tête en disant : « Il pleut encore ».
— Oui, un automne pourri comme les autres saisons, encore une mauvaise année, répondit l’homme en se débarrassant d’un vieux trench-coat à la ceinture toute usée.

L’homme se coula entre la banquette et la fenêtre, comme pour voir quelqu’un qui arriverait du dehors, il se retourna vers la patère, bouleversa l’ordonnance de son imperméable pour retirer d’une grande poche un journal froissé qu’il déplia, lissa un peu, ouvrit.
Tout à sa lecture, il émettait de petits borborygmes, ah oh oh ho ! tss tttt redressa la tête demanda à Paul, le patron, (c’était le jour de congé du barman habituel) de lui servir une Orval fraîche de la cave. Puis, s’adressant à Henri qui le regardait, il dit :

— Curieux n’est-ce pas cette affaire de suicidées dans leur voiture, vous avez vu, on dit que l'une d’elle, une femme de 33 ans, a laissé ce message laconique à son enfant : "Ta mère meurt, mais j'ai été heureuse de te mettre au monde"... Binamé, quelle époque !

Quand deux adolescents de la bonne société de Dieppe s’étaient suicidés, menottés aux rails, en se laissant écraser par un train, tout le monde avait été horrifié. Il n'y avait eu que Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, pour ne pas trouver ça « normal ». C’est à cela que pensait Henri, en écoutant monologuer son voisin. Hier des ados dans un bus, aujourd’hui deux jeunes femmes dans une voiture, alors demain ? Un facteur à vélo ?

Henri pensa que le procureur Gillet avait beaucoup d’autres chats à fouetter qu’à s’embarrasser d’enquêtes sur des gens qui s’autosuppriment. Déjà la capitale avait demandé des efforts budgétaires et la ministre de la Justice avait dodeliné deux fois. (Trois fois était une forme d’avertissement grave). On n’avait pas de personnel à consacrer à cela pour l’instant, la plupart des équipes surveillait attentivement les bulles où l’on avait invité les inciviques à venir jeter leurs verres blancs ( sans étiquette) à gauche, les foncés à droite. Le Mrax n’avait encore rien dit.

Mmm pensa Henri quel est le ... Son téléphone portable sonnait dans la poche de son blouson. Fermeture éclair coincée, tout est normal, index traumatisé, petite déchirure du coton, appel insistant, des consommateurs relevaient la tête, Paul essuya un verre deux fois. Ah, voilà. Henri regarda le display de son téléphone muet : « vous avez un appel en absence », y était-il fort gentiment écrit.

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09/11/2004

L'ara qui rit (3)

chapitre 1 (suite)

Henri, le front plissé, soucieux, venait de quitter le père directeur de l’école Saint-Ambroise avec lequel il avait longuement parlé de Lydia, une jeune fille qui suivait des cours dans l’établissement, et qu’il avait rencontrée au club franco-japonais de la rue Dothée.

Henri avait lu dans le journal ce fait divers à propos de ce que la police avait bien du mal à qualifier, suicide collectif ou meurtre collectif camouflé ? Le procureur semblait embarrassé pour qualifier la découverte macabre. Tout à ses pensées, Henri ne sentait pas le petit crachin, le vent aigre, il traversa sans le savoir le pont Englebert, longea le parc, faillit se faire renverser par un cyclomotoriste puis par une conductrice plus distraite que lui qui vira trop rapidement rue Méan. Plus distrait encore, il poussa trois fois sur l’une des portes vitrées, toujours fermée, du Henri’s bar, il entra sans y voir personne et se glissant derrière une table du fond, il s’assit sur la banquette de velours grenat foncé.


Donne-moi un peu les gazettes, dit-il à Henri le barman, encore seul à cette heure-ci, qui venait s’enquérir :

— Une Jup ?
— Un kawa bien tassé plutôt.
— Soucieux ? Grippé ? Amoureux ?
— Sais pas encore, répondit Henri Sim, renfrogné.


Il déplia un « Vers l’Avenir » de plus en plus écologique, cherchant la rubrique des faits divers. Cours de la bourse, Discours du premier ministre de la Région Communautaire, Perte sèche pour la Formule Un, Dix ventelles ouvertes au barrage de Lanaye, Justine Hénin, Lara Fabian, bon sang, Ah !

Agression dans une boucherie, carambolages à Sainte-Walburge, l’enquête sur les étudiants découverts inanimés hier sur une bretelle d’autostrade piétine...

Vingt lignes inutiles.

Bien que l’on sache maintenant que la police avait été prévenue, le commissaire Quimato l’avait annoncé lors d’une conférence pressée tôt ce matin.

Nous sommes arrivés en retard, avait-il prononcé face aux micros de LTR (La Télévision Régionale, l’info en direct avec nos correspondants sur l’événement). Nous ne disposons pas d’assez de moyens, le conducteur de la voiture de service à cette heure-là a été soudainement surpris par un dégonflement intempestif de la roue avant droite, il n’a rien pu faire, la roue de réserve dite de secours ayant été volée l’année dernière lors de la manifestation des métallos.

Henri poursuivit sa lecture et ses pensées, un instant distrait par un autre titre...

Deux mots et toute son attention fut monopolisée.

Un entrefilet sous l’article consacré au transfert de l’abattoir : Une patrouille de la nouvelle police allant chercher sa nouvelle dotation (casquettes Pokemon et blousons bleus) avait découvert deux jeunes femmes.

Les deux personnes, dira le sergent-chef Philippe Marlou, étaient décédées de leur mort naturelle par asphyxie dans un véhicule loué chez Avis, abandonné le long de la voie publique et du petit ruisseau de la Chawresse.

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08/11/2004

L'ara qui rit (2)

L’ara qui rit

chapitre 1

Ils s’amusaient comme on s’amuse à cet âge-là, ils se murmuraient des mots, ils s’envoyaient des phrases, Jean et Yvette se caressaient doucement. Ils avaient parqué la camionnette sur le bas-côté, c’est là disaient-ils. Oui, c’est ici ajouta Yvette après avoir regardé, dans la lumière des phares, un écureuil qui traversait la route.

Ils avaient quitté le Sart Tilman qui comme chacun le sait est un lieu de perdition intellectuelle, ils parlaient et parlaient, ils jactaient, se racontaient, brodillaient. Et patati et patata, parfois des expressions sonnaient hauts.
De culture catalane, Eusebio lançait des mots comme sardane, tramuntana, Independencia, olé disaient les autres, l’atmosphère était à la fête, s’il y avait eu un accordéon, Patrice aurait entamé un bout de musette.
On avait dévalé au Val Benoît, on était venu klaxonner place Delcour où l’on avait fait signe à Guy qui fut soudain très malheureux, angoissé.

Lydia parla des samouraïs, mais elle avait peur des lames qui s’émoussent, qui rouillent, qui donneraient des sales maladies.

Olé ! Chacun vida encore une bouteille de Schlitz, Marcello dit qu’il faudrait du sang tout de même, le sien, le sien propre, ce serait parfait, d’ailleurs il était donneur au dispensaire de Poulseur. On ne pouvait tout de même continuer aussi léger, vient un moment où il n’y a plus d’aphorismes qui tiennent, c'est-à-dire qu’il n’y a plus rien à dire lorsque l’on est passé à l’acte.
Ce discours les rendit graves, Sylviane se pelotonna contre Eusébio, Patrice ouvrit la portière, descendit, bricola un moment, rentra, s’assura que toutes les vitres étaient remontées.

Il n’y a rien de plus lassant qu’un suicide pensa Sylviane, le néant ne supporte pas les préparatifs, la mort doit-elle déborder sur la réalité ? Elle pensa encore un long moment avant que son esprit s’obscurcisse, fatigue, elle se dit que le moteur ronronnait bien, qu’on n’aurait pas pu trouver mieux pour s’endormir, elle ferma les yeux et se laissa doucement glisser sur la banquette.


La Meuse, édition du soir. Samedi.



Sept morts mystérieuses dans un minibus.

À la permanence de police, garde de nuit de vendredi à samedi, le préposé au téléphone a reçu un étrange appel lui signalant que plusieurs étudiants avaient décidé un suicide collectif. L’action avait dit le correspondant aurait lieu sur une bretelle d’accès à l’autoroute vers vingt-trois heures.
La patrouille dépêchée sur place par le commissaire Quimato est arrivée trop tard : le véhicule signalé, un minibus de location, était bien stationné le long de la route en direction de Visé, les policiers y ont découvert les corps sans vie de quatre garçons et de trois filles âgés d'une vingtaine d'années.
La mort a été officiellement constatée par le médecin légiste qui avait fait conduire les corps à la clinique du Château-Rouge.

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L'ara qui rit (1)

Préliminaires

Avertissement : Les personnages de cette nouvelle sont ma création personnelle, toute idée de ressemblance avec une personne existante ou ayant existé ne pourrait provenir que de l’ambition démesurée de la dite pour avoir l’honneur et le plaisir de figurer parmi les amis d’Henri.

Violence et langage grossier : La réalité n’étant pas travestie, on appellera un chat un chat et un joueur du FC Tilleur un lapin qui court derrière un ballon. Nous sommes ici dans les rues d’une cité naguère principautaire ayant choisi délibérément de confier son avenir à des hommes d’Ardennes et d’aviation, la chance de la démocratie est de courir le risque hautement désiré par la majorité bien-pensante.

Les sous-entendus : À l’instar des habitudes d’Henri, il y en a (des non-dits) aux coins des rues et aux détours des allées. Le voyage dans le temps est permanent.

Le feuilleton en soi : Comme tout écrivain, je m'étais promis de ne publier jamais qu’un travail terminé, lu revu et corrigé plutôt deux fois qu’une. Je déteste les feuilletons (normalement). Le type de publication choisi empêche toute construction classique aussi il sera beaucoup pardonné à Xian qui publie directement sans brouillon le premier jet de l’histoire qu’il se plaît à vous raconter.
Mais l’œuvre achevée pourra être obtenue en la demandant (gentiment) à Xian où à l’un de ses comparses par ceux qui aiment lire en entier en une fois... et cette aventure-ci sera complète en un tome, à la différence des précédents avatars henriesques.

Remerciements : À tous ceux qui ont la gentillesse de me lire, quelques bises en plus à ceux qui laisseront un ricanement au passage, toujours le bienvenu.
En cas de noyade, vous pouvez joindre un membre de la rédaction en lançant un émile désespéré à xian@swing.be.

Xian      

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