22/11/2004

L'ara qui rit (14)

chapitre 2 (suite)

La belle affaire ! Quelle idée j’ai eue là de m’avancer ainsi ! Ouvrir une officine, enquêter pour les compagnies d’assurances et filer quelques maîtresses savoureuses est du ressort de chacun qui s’en donne la peine, trouver le fil entre les suicidés liégeois et la secte, sans doute est-ce une secte, qui les pilote est une autre performance.
Henri Sim se décida de commencer ce mardi, un mardi, ça tombait bien, c’était aujourd’hui. Le mardi, c’est avant le mercredi qui lui-même est avant le Jedi cher à Luke.

L’important était de savoir où commencer, la Dauphine le tira jusque devant le Voltaire.
Le Voltaire était très correctement situé à l’angle de la rue Volders, par un heureux hasard il était fréquenté par des gendelettres, un éditeur, un romancier, deux journalistes, un éditorialiste, des profs et assistants de la faculté de philo, tous attirés par la bonne table servie par une jolie rondelette et dans la petite salle donnant sur l’impasse, quelques avocats, des commissaires des cinéastes, des jolies filles, il n’y a en avait ici jamais d’autres lui avait-on dit, celle qui était seule devant le comptoir regardait un tabouret orphelin, c’était une invitation.

Sur son perchoir, après avoir commandé un sherry dry, il risqua un coup d’œil sur de fines chevilles roses, des mollets comme on n’en voyait plus depuis que Levis avait colonisé l’Europe, deux genoux lisses, essoufflé, il dit merci au barman, leva son verre et but la moitié de son contenu.

Sans ostentation, en déposant le godet un peu plus à gauche, Henri soupira en voyant un buste à vous faire tendre les mains comme un goalkeeper plonge vers un ballon. Il était Marlowe et elle invariablement du Sud, comment n’avait-il pas vu la Cadillac dans la rue, elle devait porter des gants, fumer au travers d’un fume-cigarettes de trente centimètres.

Si Hélène avait voulu l’accompagner, il ne se serait pas retrouvé seul à midi moins cinq, il n’aurait pas remarqué la créature, il ne lui aurait pas adressé la parole et il n’aurait jamais su qu’elle préparait un doctorat, que le latin et le grec étaient ses branches préférées.

À midi quart ils devisaient attablés devant un navarin, ce qui fit sourire Henri, le commissaire Janin était juste à la table jouxte. Si elle lui avait dit qu’elle était actrice, star, shampouineuse chez l’Oréal, c’eut été pareil, son casque d’or et un petit nez comme cela, Henri gobait tout. C’était un grand naïf.
À quart avant deux, elle engloutissait voluptueusement une crème battue avec des grains de chocolat, notre détective se contenta d’un café.

Un peu avant trois heures, elle dit qu’elle connaissait quelqu’un qui avait été intime avec l’un de ces gosses suicidés, c’est malheureux tout de même cela, pourquoi en parlait-on. Oh ! histoire de causer.
A quatre heures, elle accepta un troisième pousse-café et confia que nombreux étaient ceux à la faculté qui parlaient de ces jeunes gens, on les plaignait, des enfants battus sans doute, une secte, oui pourquoi pas mais cela n’apparaissait pas clairement, oui, on pourra passer chez Maurice ce soir, et s’il n’est pas chez lui on le trouvera au Carré, un mardi, c’est comme un vendredi.

Sauf que c’est après le jeudi annonça Henri, ce qui fit faire les yeux ronds et la bouche ouverte à Florence, elle s’appelait Florence.

15:45 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Tiens Xian...à cette heure-ci...c'est rare ! :-)...J'ai un excellent Graves si tu veux ?...:-))

Écrit par : sioran | 22/11/2004

Eh eh
pour les affaires graves, je réponds présent

Écrit par : xian | 22/11/2004

alors comme ça henri est naif ? on peut lui faire avaler n'importe quoi ? ;)))

Écrit par : imagine | 23/11/2004

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