10/11/2004

L'ara qui rit (4)

chapitre 1 (suite)


Maigret devait faire un effort pour ne pas sourire, car c’était bien la première fois que la timide Madame Maigret se mêlait d’une enquête, sans doute la première fois aussi qu’elle pénétrait dans une boutique de modiste du quartier de l’Opéra.

Henri referma le roman qu’il était en train de lire, il reprit un peu de café et se tourna vers le quidam qui venait de pousser la porte du Henri’s bar.

— Bonjour, salua le bonhomme à la ronde.

Henri hocha la tête en disant : « Il pleut encore ».
— Oui, un automne pourri comme les autres saisons, encore une mauvaise année, répondit l’homme en se débarrassant d’un vieux trench-coat à la ceinture toute usée.

L’homme se coula entre la banquette et la fenêtre, comme pour voir quelqu’un qui arriverait du dehors, il se retourna vers la patère, bouleversa l’ordonnance de son imperméable pour retirer d’une grande poche un journal froissé qu’il déplia, lissa un peu, ouvrit.
Tout à sa lecture, il émettait de petits borborygmes, ah oh oh ho ! tss tttt redressa la tête demanda à Paul, le patron, (c’était le jour de congé du barman habituel) de lui servir une Orval fraîche de la cave. Puis, s’adressant à Henri qui le regardait, il dit :

— Curieux n’est-ce pas cette affaire de suicidées dans leur voiture, vous avez vu, on dit que l'une d’elle, une femme de 33 ans, a laissé ce message laconique à son enfant : "Ta mère meurt, mais j'ai été heureuse de te mettre au monde"... Binamé, quelle époque !

Quand deux adolescents de la bonne société de Dieppe s’étaient suicidés, menottés aux rails, en se laissant écraser par un train, tout le monde avait été horrifié. Il n'y avait eu que Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, pour ne pas trouver ça « normal ». C’est à cela que pensait Henri, en écoutant monologuer son voisin. Hier des ados dans un bus, aujourd’hui deux jeunes femmes dans une voiture, alors demain ? Un facteur à vélo ?

Henri pensa que le procureur Gillet avait beaucoup d’autres chats à fouetter qu’à s’embarrasser d’enquêtes sur des gens qui s’autosuppriment. Déjà la capitale avait demandé des efforts budgétaires et la ministre de la Justice avait dodeliné deux fois. (Trois fois était une forme d’avertissement grave). On n’avait pas de personnel à consacrer à cela pour l’instant, la plupart des équipes surveillait attentivement les bulles où l’on avait invité les inciviques à venir jeter leurs verres blancs ( sans étiquette) à gauche, les foncés à droite. Le Mrax n’avait encore rien dit.

Mmm pensa Henri quel est le ... Son téléphone portable sonnait dans la poche de son blouson. Fermeture éclair coincée, tout est normal, index traumatisé, petite déchirure du coton, appel insistant, des consommateurs relevaient la tête, Paul essuya un verre deux fois. Ah, voilà. Henri regarda le display de son téléphone muet : « vous avez un appel en absence », y était-il fort gentiment écrit.

00:05 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

borborygmes un rictus : tsss !

Écrit par : imagine | 10/11/2004

J'apprécie beaucoup ce design qui rend agréable la lecture de longs textes sur le Net.

De l'humour à volonté :-))

Écrit par : Ixième | 10/11/2004

merci à ceux qui viennent ricaner, faire de l'humour la pipe au bec et chapeau mou sur le crâne est un exercice difficile pour la mâchoire

Écrit par : xian | 10/11/2004

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