09/11/2004

L'ara qui rit (3)

chapitre 1 (suite)

Henri, le front plissé, soucieux, venait de quitter le père directeur de l’école Saint-Ambroise avec lequel il avait longuement parlé de Lydia, une jeune fille qui suivait des cours dans l’établissement, et qu’il avait rencontrée au club franco-japonais de la rue Dothée.

Henri avait lu dans le journal ce fait divers à propos de ce que la police avait bien du mal à qualifier, suicide collectif ou meurtre collectif camouflé ? Le procureur semblait embarrassé pour qualifier la découverte macabre. Tout à ses pensées, Henri ne sentait pas le petit crachin, le vent aigre, il traversa sans le savoir le pont Englebert, longea le parc, faillit se faire renverser par un cyclomotoriste puis par une conductrice plus distraite que lui qui vira trop rapidement rue Méan. Plus distrait encore, il poussa trois fois sur l’une des portes vitrées, toujours fermée, du Henri’s bar, il entra sans y voir personne et se glissant derrière une table du fond, il s’assit sur la banquette de velours grenat foncé.


Donne-moi un peu les gazettes, dit-il à Henri le barman, encore seul à cette heure-ci, qui venait s’enquérir :

— Une Jup ?
— Un kawa bien tassé plutôt.
— Soucieux ? Grippé ? Amoureux ?
— Sais pas encore, répondit Henri Sim, renfrogné.


Il déplia un « Vers l’Avenir » de plus en plus écologique, cherchant la rubrique des faits divers. Cours de la bourse, Discours du premier ministre de la Région Communautaire, Perte sèche pour la Formule Un, Dix ventelles ouvertes au barrage de Lanaye, Justine Hénin, Lara Fabian, bon sang, Ah !

Agression dans une boucherie, carambolages à Sainte-Walburge, l’enquête sur les étudiants découverts inanimés hier sur une bretelle d’autostrade piétine...

Vingt lignes inutiles.

Bien que l’on sache maintenant que la police avait été prévenue, le commissaire Quimato l’avait annoncé lors d’une conférence pressée tôt ce matin.

Nous sommes arrivés en retard, avait-il prononcé face aux micros de LTR (La Télévision Régionale, l’info en direct avec nos correspondants sur l’événement). Nous ne disposons pas d’assez de moyens, le conducteur de la voiture de service à cette heure-là a été soudainement surpris par un dégonflement intempestif de la roue avant droite, il n’a rien pu faire, la roue de réserve dite de secours ayant été volée l’année dernière lors de la manifestation des métallos.

Henri poursuivit sa lecture et ses pensées, un instant distrait par un autre titre...

Deux mots et toute son attention fut monopolisée.

Un entrefilet sous l’article consacré au transfert de l’abattoir : Une patrouille de la nouvelle police allant chercher sa nouvelle dotation (casquettes Pokemon et blousons bleus) avait découvert deux jeunes femmes.

Les deux personnes, dira le sergent-chef Philippe Marlou, étaient décédées de leur mort naturelle par asphyxie dans un véhicule loué chez Avis, abandonné le long de la voie publique et du petit ruisseau de la Chawresse.

00:01 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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