08/11/2004

L'ara qui rit (2)

L’ara qui rit

chapitre 1

Ils s’amusaient comme on s’amuse à cet âge-là, ils se murmuraient des mots, ils s’envoyaient des phrases, Jean et Yvette se caressaient doucement. Ils avaient parqué la camionnette sur le bas-côté, c’est là disaient-ils. Oui, c’est ici ajouta Yvette après avoir regardé, dans la lumière des phares, un écureuil qui traversait la route.

Ils avaient quitté le Sart Tilman qui comme chacun le sait est un lieu de perdition intellectuelle, ils parlaient et parlaient, ils jactaient, se racontaient, brodillaient. Et patati et patata, parfois des expressions sonnaient hauts.
De culture catalane, Eusebio lançait des mots comme sardane, tramuntana, Independencia, olé disaient les autres, l’atmosphère était à la fête, s’il y avait eu un accordéon, Patrice aurait entamé un bout de musette.
On avait dévalé au Val Benoît, on était venu klaxonner place Delcour où l’on avait fait signe à Guy qui fut soudain très malheureux, angoissé.

Lydia parla des samouraïs, mais elle avait peur des lames qui s’émoussent, qui rouillent, qui donneraient des sales maladies.

Olé ! Chacun vida encore une bouteille de Schlitz, Marcello dit qu’il faudrait du sang tout de même, le sien, le sien propre, ce serait parfait, d’ailleurs il était donneur au dispensaire de Poulseur. On ne pouvait tout de même continuer aussi léger, vient un moment où il n’y a plus d’aphorismes qui tiennent, c'est-à-dire qu’il n’y a plus rien à dire lorsque l’on est passé à l’acte.
Ce discours les rendit graves, Sylviane se pelotonna contre Eusébio, Patrice ouvrit la portière, descendit, bricola un moment, rentra, s’assura que toutes les vitres étaient remontées.

Il n’y a rien de plus lassant qu’un suicide pensa Sylviane, le néant ne supporte pas les préparatifs, la mort doit-elle déborder sur la réalité ? Elle pensa encore un long moment avant que son esprit s’obscurcisse, fatigue, elle se dit que le moteur ronronnait bien, qu’on n’aurait pas pu trouver mieux pour s’endormir, elle ferma les yeux et se laissa doucement glisser sur la banquette.


La Meuse, édition du soir. Samedi.



Sept morts mystérieuses dans un minibus.

À la permanence de police, garde de nuit de vendredi à samedi, le préposé au téléphone a reçu un étrange appel lui signalant que plusieurs étudiants avaient décidé un suicide collectif. L’action avait dit le correspondant aurait lieu sur une bretelle d’accès à l’autoroute vers vingt-trois heures.
La patrouille dépêchée sur place par le commissaire Quimato est arrivée trop tard : le véhicule signalé, un minibus de location, était bien stationné le long de la route en direction de Visé, les policiers y ont découvert les corps sans vie de quatre garçons et de trois filles âgés d'une vingtaine d'années.
La mort a été officiellement constatée par le médecin légiste qui avait fait conduire les corps à la clinique du Château-Rouge.

00:58 Écrit par H | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

:-) Je laisse un ricanement au passage pour avoir ma bise en plus mais ce début d'histoire ne me donne vraiment pas envie de ricaner...
Viiite, la suite !
On ne sait jamais que l'un d'eux ne serait pas tout à fait mort...

Écrit par : Hollynx | 08/11/2004

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